lundi 7 novembre 2022

"FEMINA RIDENS" de Piero Schivazappa (Frenezy) – 2 novembre 2022

Cela fait des années que je fabule sur le film Femina Ridens. Les photos glanées ici et là, montrent des visuels pop art d’intérieur design d’une maison/appartement et une réplique d'une sculpture monumentale très colorée de Hon de Niki de Saint Phalle (1930-2002) et Jean Tingely (1925-1991), représentant une femme allongée avec les jambes écartés. L’entrée de la sculpture pour le personnage principal du film, se fait par le vagin qui se referme avec une porte dentelée (= angoisse de la castration pour l’homme), ce qui donne une image assez étonnante (1). Enfin, la B.O. signée Stelvio Cipriani (1937-2018), sortie en CD et en vinyle est un must musical, quand on est amateur d’easy listening, de jazz cheasy, de psyché pop sixties groove et de library music. Dans la B.O. la voix sensuelle est d’Edda Dell’Orso, souvent présente dans les B.O. sixties d’Ennio Morricone. Autant dire qu’au mois de juillet dernier, en apprenant que le tout jeune éditeur Frenezy allait publier ce film italien -jusqu’ici inédit en DVD en France-, en DVD et en Blu-ray, mon palpite n’a fait qu’un tour !


Nous voici début novembre, le film vient de sortir, je me suis empressé de l’acheter et de le regarder. Première impression, ce film n’est pas ce que j’attendais. Je pensais me retrouver face à un giallo, et il n’en est rien ou presque. Femina Ridens n’entre dans aucune catégorie, sauf celui du cinéma de genre en mélangeant thriller psychologique, tournée ici vers le SM, soumission/domination et l’objet  arty avant-gardiste et pop.


L’histoire est un huit clôt qui raconte la domination homme/femme, femme/homme avec toute la perversité et complexité que cela peut entrainer, notamment la mort. Le titre français du film est Le Duo de la Mort. Mais comme ce film ne ressemble à nul autre (ou éventuellement à La dixième victime d’Elio Petri et La Prisonnière d’Henri Georges Clouzot), les décors, vêtements et musique pop donnent une tonalité plus "légère" au duel érotique et SM entre le docteur Sayer (Philippe Leroy) et la journaliste Mary (Dagmar Lassander) qui fait des recherches sur la stérilisation masculine pour écrire un article. Le visuel pop optical art (décor et lumière) se mélange au jeu pervers et dangereux de la domination et de la soumission qui fricote avec la mort. Dans les bonus il y a une interview de l'actrice allemande Dagmar Lassander. Elle résume bien le sujet du film: "Un homme à des relations difficiles avec les femmes, il n’accède au plaisir sexuelle qu’en torturant les femmes. Il prend comme exemple le scorpion, dont la femelle dévore le mâle avec l’accouplement." L’acteur français Philippe Leroy a le corps tout adapté pour son rôle de mâle dominant (mais impuissant), face au corps fragile (en apparence) et bien féminin de l’actrice Dagmar Lassander (vue chez Fulci, Bava -père et fils-, Freda, De Martino, Sordi, Sollima, Corbuccu). Pour suivre la série de scènes entre séduction et torture, le jeu des deux acteurs est exemplaire. Tout comme la mise en scène très photographique et pop art.


Le film a été tourné en 1969 par le réalisateur Piero Schivazappa. 1969, année érotique, est bien ancrée dans les images stylées de Femina Ridens. C’est la force du film qui lui donne un visuel bien ancré dans son époque post 1968. Piero Schivazappa, passionné d’art contemporain, de peinture, du design, va rendre hommage aux artistes à travers les décors du film. Les artistes référencés sont Lucio Fontana, Victor Vasarely, Allen Jones, Giuseppe Capogrossi, Per Olof Ultvedt, Claude Joubert, le mouvement Flexus et bien sûr Niki De Saint Phalle et Jean Tinguely. Dans le générique de fin, il y a un panneau avec les noms des artistes qu’il remercie. Dans les bonus du Blu-ray et DVD, il y a une interview de Pauline Mari, spécialiste de l’art cinétique, de l’op art.

Piero Schivazappa n’a réalisé que huit films pour le cinéma. Dans les bonus du Blu-ray ou DVD, on apprend avec Jean-François Rauger (de la Cinémathèque de Paris) qu’après Femina Ridens, Piero Schivazappa allais faire un film avec Alain Delon, séduit par son nouveau scénario. Mais finalement ce projet ne se fera pas. Peut-être que le félin Delon ne voulais pas se soumettre aux exigences du réalisateur italien.

Comme pour les deux précédentes publications (2), l’éditeur Frenezy a fait un magnifique travail éditorial. Les versions DVD et Blu-ray contiennent deux disques. Le premier avec pour la première fois la version intégrale italienne restaurée en HD. A ce jour, à cause d’une manipulation technique, le son italien était sur quelques passages détériorés, il n’y avait plus de son. La restauration a fait des miracles ! Le premier disque contient 1h30 de bonus très passionnants, le deuxième disque contient la version courte du film en VF et 40 minutes de bonus. Le tout avec une jaquette réversible. C’est clair, cette version HD de Frenezy est un must !


(1): La sculpture titré Hon (mot suédois qui veut dire "elle") est la première Nana de Niki de Saint Phalle. Elle a été réalisée en 1966 avec Jean Tinguely et Per Olof Ultvedt pour le Moderna Musset de Stockholm. Elle a été exposée pendant 3 mois à partir du 3 juin 1966. Ensuite elle a été détruite en trois jours. Hon montre une gigantesque Nana de 27 mètres de long, 9 mètres de large, 6 mètres de haut (soit 3 étages) et pèse 6 tonnes. La Nana est couchée sur le dos, jambes écartées, genoux relevés, ouvrant son vagin comme une entrée au public. Sur la durée des 3 mois, il y a eu 100.000 visiteurs. Niki dira de sa monumentale Nana qu’"elle est la plus grande putain du monde, qu’elle est une mante religieuse, une dévoratrice". Une fois à l’intérieure de la Nana, le public visite une galerie avec des faux tableaux, entre dans une salle de cinéma. Dans le sein droit il y a un planétarium, dans le sein gauche il y a un bar.

En été 1966, Piero Schivazappa est à Stockholm  pour réaliser un documentaire pour la RAI. Il va en profiter pour visiter le Moderna Musset. Quand il voit Hon, c’est le coup de cœur. Ce sera l’élément de départ pour écrire le scénario de son film Femina Ridens. En 1969, son équipe de décoration va construire avec l’accord de Niki de Saint Phalle, une Nana identique. Ce sera un des éléments clé du film. Dans les bonus du Blu-Ray et DVD, il y a une interview de la critique d’art Catherine Francblin qui revient sur le parcours de Niki de Saint Phalle et plus particulièrement sur Hon et Femina Ridens avec l’oeuvre en gros plan dans le générique du film et le passage du rêve du docteur Sayer quand il entre dans le vagin de Hon.

(2): Chronique de La victime désignée ici: https://paskallarsen.blogspot.com/2022/04/la-victime-designee-de-maurizio-lucidi.html

https://frenezy-editions.fr/collections/blu-ray/products/femina-ridens

https://www.facebook.com/frenezyeditions/








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