samedi 5 novembre 2022

"CAPITALE(S), 60 ans d’art urbain à Paris" : Exposition à l’Hôtel de Ville de Paris jusqu’au 11 février 2023


La Mairie de Paris expose jusqu’au 11 février 2023, 60 ans d’art urbain. Dans la préface du catalogue de l’exposition titré Capitale(s), la maire de Paris Anne Hidalgo écrit: "Il était temps de célébrer ces dessins, ces collages et ces graffiti qui prennent vie sur nos murs et enchantent le quotidien des Parisiennes et des Parisiens, heureux de se réapproprier ainsi leur espace public et de le redécouvrir avec un regard neuf."

La maire de Paris (mais pas présidente de la France) n’a pas écrit le mot tag (signature d’un taggeur sur l’espace public), mais c’est quand même étonnant de lire "(…) graffiti qui prennent vie sur nos murs et enchantent le quotidien des Parisiennes", sachant qu’il y a un service de nettoyage de la Ville de Paris qui efface ces graffiti, considérés comme du vandalisme sur du bien commun, ainsi ces artistes des murs et rames de métro, peuvent être verbalisé. 

Ci-dessous le texte extrait du site officiel de l’administration française :  

"Le vandalisme est l'ensemble des actes constituant une atteinte volontaire aux biens privés ou publics et commis sans motif légitime. Ces faits sont sanctionnés par la loi en fonction de leurs circonstances, de la nature du bien attaqué et de l'importance des dégâts causés. Il peut s'agir par exemple de vitres brisées, de tags... (1). Dans tous les cas, la victime peut demander la réparation de son préjudice."


 

Bombe aérosol, marqueur, cahier de croquis, sticker @ Ph. Paskal Larsen

Des figures de l’art urbain tel que la plus parisienne des artistes de rue, Miss. Tic (1956-2022), ou Invader devenue mondialement connu et côté avec ses Space Invaders en céramique, ont eu de nombreux démêlés avec la préfecture de police et la marée chaussée. Au fil de leurs escapades nocturnes, ils ont parfois fini la nuit au poste de police. C’est le jeu du chat et de la sourie, ou du renard dans la basse cour. Ainsi voir une exposition sur l’art urbain, avec pleins de panneaux publicitaires dans les rues pour annoncer l’évènement à la Mairie de Paris, c’est quand même drôle. Certes il y a graffiti et graffiti. Celui qui est réalisé à la sauvette, à l’ombre des caméras de surveillance, et celui commandé par les maires des arrondissements et bailleurs d’immeubles, pour embellir les façades gris des grands immeubles. Le plus actif est Jérôme Coumet, maire PS du 13ème arrondissement de Paris, qui fait la différence entre "des œuvres d’art et des dégradations" (message de Jérôme Coumet sur Twitter au sujet de l’artiste Thomas Vuille mieux connu sous le nom de M. Chat.). Il y a beaucoup d’œuvres monumentales sur les murs du 13ème arrondissement. Il y a des parcours guidés pour les découvrir. Il y a eu des expos à la mairie du 13ème, et l'arrondissent contient de nombreuses galeries dédiées à l’art urbain, dont la galerie du jour agnès b devenue La Fab. ouverts en février 2020 et située sur une place au nom bien symbolique concernant une figure street art: Jean-Michel Basquiat. Cette place a été inaugurée en septembre 2018 en présence de la famille.

Jacques Villeglé, extrait du tableau  Rue de Rennes (1987) @ Ph. Paskal Larsen

L’effet incongru d’assimiler graffiti dans un lieu administratif passé, on arrive à notre exposition du jour : Capitale(s) 60 ans d’art urbain à Paris. Déjà, premier point, pour voir l’exposition, qui est gratuite, il faut aller sur le site de la mairie et réserver son créneau horaire. Cela évite de faire la queue à l’entrée de l’expo, car l’espace est limité en nombre de personnes. Deuxième point, la scénographie de l’exposition est superbe et traite tous les domaines du graff (pochoir, tag, collage, sticker, peinture, op art…). Une fois dans l’espace on découvre par ordre chronologique tous les artistes importants de l’art urbain à Paris. Une grande partie des artistes à droit à son espace, une installation. Après une présentation de quelques pionniers (Ernest Pignon-Ernest, Jacques Villeglé, Zlotykamien), le gros de l’expo commence avec les artistes des années 80’s, orienté pochoir (Blek Le Rat, Captain Fluo, Miss. Tic, Speedy Graphito, Jérôme Mesnager, VLP, Jef Aérosol), graffiti (Bando, Psyckose, JayOne, Ash). Si le style des pionniers au pochoir est lié à la culture alternative en France (rock, BD, cinéma, art plastique), le graffiti lui est 100% lié à New York, au Bronx avec la culture hip-hop. Elle va atterrir à Paris dans les terrains vagues des quartiers Stalingrad, quai de la Gare, la Chapelle. A ce sujet, ne rater pas l’excellente série sur Arte, Le monde de demain réalisée par Katell Quillévéré et Hélier Cisterne, qui raconte le contexte, la création du groupe de rap NTM, les débuts du DJ Dee Nasty, et la danseuse et graffeuse Lady V qui fut pendant 13 ans la petite amie de Kool Shen. Elle est morte en 2000 suite à un accident de voiture. Les figures new-yorkaises, Keith Haring (dont on peut toujours voir la fresque Tower  réalisée en 1987 sur la façade de l’Hôpital Necker) et Futura 2000 sont passés à de nombreuses occasions à Paris.

Panneau indicatif dans le métro parisien @ Ph. Paskal Larsen

Après les années 80, les années 90, 2000 jusqu’à 2022 avec la présentation d’un florilège d’artistes qui ont marqués leur territoire à Paris : André, A-One, Banksy, Invader (avec une grande carte de Paris qui montre l’emplacement de tous ses céramiques Space Invaders et personnages de la culture pop -à noter que l’affiche de l’expo représente une de ses œuvres-), JR, Stepard Fairey -Obey-, Swoon, Vhils, Marko93,  Da Cruz, Seth, L’Atlas, Hopare, Yseult YZ Digan, C215, Dran, Ludo, Kashink, Levalet, Madame, Kraken, Dize, Pest, Rero, El Seed, Taked Benaoum, Tanc, Romain Froquet, Sébastien Preschoux

Invader @ Ph. Paskal Larsen

C215 @ Ph. Paskal Larsen

L'art urbain à la Mairie de Paris @ Ph. Paskal Larsen

De par le nombre d’artistes, les installations avec des oeuvres originaux, les vidéos, on ressort de l’exposition les yeux ébahit par tant de styles très divers. De retour dans la rue, notre regard est en alerte pour prendre en photo, du tout petit tag, sticker, objet collé sur une façade, à la grande fresque murale. 

Prolonger l’exposition en allant au tunnel des Tuileries (métro Pont Neuf) long de 850 mètres et fermé à la circulation motorisée depuis 2016. Vous y verrez de nombreuses fresques de 40 à 80 mètres de long. Enfin, le catalogue de l’exposition édité par Alternatives est richement illustré et contient de nombreuses interviews et infos sur les artistes.

Tunnel des Tuileries @ Ph. Paskal Larsen

(1): S'il n'en résulte que des dommages légers, la peine maximale pour avoir fait un tag ou un graffiti est une amende de 3750 € et un travail d’intérêt général. Cette dernière peine peut consister en la réparation des dégâts causés sur un équipement public.

Un dommage léger est un dommage nécessitant peu de réparation, avec des dégâts superficiels. Par exemple, si la peinture est effaçable.

En cas de dommage important, un tag ou un graffiti est puni jusqu'à 2 ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende.

Un dommage important est celui qui cause des dégâts plus lourds, voire définitifs. Par exemple, si une peinture indélébile est propulsée sur un objet d'art coûteux.

Les peines sont aggravées si le tag ou le graffiti est commis avec les circonstances suivantes :

- Contre un bien appartenant à un policier, un gendarme ou un magistrat (ou à son époux(se), concubin(e), partenaire de Pacs, à un descendant ou ascendant) en vue de l'intimider

- Dans un local d'habitation ou un lien destiné à l'entrepôt de fonds ou de marchandises en pénétrant dans les lieux par effraction

- À plusieurs

- Par une personne dissimulant volontairement son visage

Dans ces cas, la peine encourue est de 15 000 € d'amende et un travail d’intérêt général, qui peut consister en la réparation des dégâts causés sur un équipement public. (Texte extrait du site du ministère de l’intérieur service démarches, rubrique vandalisme : https://www.demarches.interieur.gouv.fr/particuliers/vandalisme )

https://www.paris.fr/evenements/capitale-s-60-ans-d-art-urbain-a-paris-25905

https://www.editionsalternatives.com/site.php?type=P&id=2262


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