mercredi 28 février 2024

ROCK & FOLK n°679 – Mars 2024

The Jesus and Mary Chain en couverture du nouveau Rock & Folk, sa mérite une petite ovation. Ça nous change des éternelles couv. avec les Rolling Stones, Beatles, David Bowie. Certes il a fallu attendre 40 ans de carrière (à l’inverse des Inrockuptibles de la grande époque où les JAMC étaient en couv. dès leur n° 12 -été 1988-), mais comme on dit, "mieux vaut tard que jamais". Tout comme un nouvel album des Jesus, (le précédent remonte à 2017) avec la sortir début mars de Glasgow Eyes, leur 8ème long format studio. A noter qu’il est publié sur un des meilleurs labels indé de psyché noise shoegaze, le bien nommé Fuzz Club. C’est Jim Reid qui se colle à l’interview par téléphone. On apprend qu’il y a aussi en plus de l’album, un projet de documentaire réalisé par Ben Unwin (qui a déjà réalisé des clips pour le groupe) et une biographie à base de conversations entre Jim et son frère William. Un petit extrait de cette intéressante interview de 4 pages : "Pour William et pour moi, chaque nouvel album doit être un nouveau départ, c’est primordial. Un nouveau départ bien plus qu’une continuation. Par exemple, on adore les Ramones mais on a toujours trouvé ça plutôt triste de les voir reproduire le même disque encore et encore. On ne voulait pas fonctionner de la sorte." (Page 56) L’article est complété par leur discographie sous forme de chroniques.

Wayne Kramer-MC5 @ Leni Sinclair/Michael Ochs archives

Autre artiste-groupe très sonore, l’hommage à Wayne Kramer, ex guitariste de MC5, mort subitement le 2 février dernier à l’âge de 75 suite à un cancer du pancréas diagnostiqué en janvier. On imagine que Jesus and Mary Chain, fan des Stooges et du Velvet Underground, étaient également amateurs des riffs saignants du MC5, groupe précurseur du mouvement punk. L’hommage de 4 pages, permet de revenir sur le parcourt de Wayne Kramer avec un mot de Iggy Pop extrait de son Instagram : "Il n’y aurait pas eu de Stooges sans ton soutien." (Page 17)

Un sommaire décidément sous le signe SONORE, avec l’ex Sonic Youth (Girl in a Band) Kim Gordon pour la sortie de son nouvel album solo, The Collective, le 8 mars 2024. Les deux premiers extraits donnent envie d’écouter l’album dans son intégralité. Un morceau saturé, l’autre mélancolique, soit deux facettes qu’on adore chez Kim Gordon. A noter que dans les clips I’m a Man et Bye Bye, c’est sa fille Coco (de l’union avec Thurston Moore) qui joue les rôles.

Un autre groupe qui colle bien avec la musique de Jesus and Mary Chain, mais là du coté pop sixties, les merveilleuses The Shangri-Las. La chanteuse Mary Weiss (également âgée de 75 ans)  nous a quittée le 19 janvier dernier suite à une maladie respiratoire. La pochette de l’album Leader of the Pack (1965) est un monument iconique du rock. L’article de 4 page écrit par Basile Farkas revient sur le parcourt de ce groupe féminin unique.

Pèle mêle également au sommaire de ce n° 679, le dessinateur Loustal, Anna Calvi, Nick Wheeldon (dont R&F soutient depuis un bon moment, c’est mérité), le duo mancunien  Liam Gallagher (ex Oasis) et John Squire (ex Stone Roses) qui viennent de sortir ensemble un album, Gwendoline, MGMT, Ty Seagall qui aurait aimé que son nouveau double album soit triple. Le disque du mois est Tangk de Idles.   

Au total 100 pages pour un n° qui tient la route, malgré l’âge de ses artères (R&F n° 1 est sorti en novembre 1966).

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mardi 27 février 2024

DIE HAUT : Chronique du concert au Bataclan à Paris le 15 novembre 1993

En cherchant dans le fanzine Hyacinth des infos sur le groupe Pram, qui passe en concert au Petit Bain à Paris le 20 mars 2024, notamment s’il y avait une interview, mais malheureusement pas, je suis tombé sur une chronique du concert de Die Haut au Bataclan le 15 novembre 1993 que j’avais écrit pour Hyacinth 13ème floraison, hiver 1994. En relisant la chronique, je me suis dit qu’elle pourrait intéresser les lecteurs de mon blog. Mais avant de la lire, une petite présentation, piqure de rappel du groupe Die Haut est je pense nécessaire.

Die Haut est un groupe instrumental allemand de Berlin qui a existé entre 1982 et 1998. Au sein du groupe il y a Christoph Dreher (basse, guitares), Remo Park (guitares) Martin Peter (guitares) et Thomas Wylder (Batterie). Au fil des albums (il y en aura 10), le lin-up va s’étoffer avec la contribution de nombreux musiciens. Die Haut compose une musique rock exigeante, qui mélange no-wave, art rock, indus, jazz, blues, avant-garde, B.O.de film. Die Haut n’étant composé que de musiciens de talent, le groupe invite sur ses albums des chanteurs et chanteuses de haut vol, juger un peu : Nick Cave,  Kid Congo Powers, Anita Lane, Kim Gordon, Alan Vega, Cristina, Debbie Harry, Jeffrey Lee Pierce, Blixa Bargeld, Lydia Lunch, Alexander Hacke, Danielle De Picciotto. Autant dire que Die Haut avait une belle influence dans le milieu rock classieux.

Si les invités sont présents sur divers disques, certains d’entre eux sont également présent pour les rares concerts de Die Haut. La date parisienne de 1993 n’échappe pas à la règle, d’où un Bataclan rempli pour voir ce groupe instrumental pourtant peu connu en France, mais pas les invités.

Ci-dessous ma chronique que j’ai écrite en 1993 pour le fanzine Hyacinth :

"Le groupe allemand Die Haut pratique un rock instrumental sous la forme de deux guitares, basse, batterie. Pour fêter ses 10 ans d’existence (et pour faire venir du monde à leurs concerts !), ils ont invités beaucoup d’amis connus à partir en tournée mondiale avec eux. Alors le public se déplace en masse pour voir les invités : Nick Cave, Blixa Bargeld, Anita Lane, Jeffrey Lee Pierce, Alexander Hacke, Kid Congo Powers, mais malheureusement pas Lydia Lunch absente de l’escale parisienne. On débute par quelques instrumentaux, histoire de rappeler au public qu’on est bien à un concert ce Die Haut. Leur style s’égare entre musique de film et rock rustique ou atmosphérique. Rien à faire, ces gars sont des pros du manche et de la baguette. Ils peuvent sans problème répondre aux interviews de Guitar mag. Entre les titres, ils accordent leurs instruments et pour embellir le tout, les jeux de lumières sont nickel et éblouissant à merveille. Au bout de 20 minutes, le premier invité est Kid Congo. Bière à la main, notre chicano héros des 80’s chante deux titres rock le sourire aux lèvres. Re-instrumental et place à Alexander Hacker dans une tenue très ringarde (style beauf américain) -à l’inverse des musiciens classieux tirés à quatre épingles- de Die Haut- et une excitation digne d’un Irlandais qui aurait absorbé 20 litres de bière. Si son jeu de guitare est d’une classe toute personnelle au sein de Neubauten, par contre coté chant c’est à revoir. A force de beugler (les effets secondaires de la bière ?), il vire dans un chant prolétaire. Heureusement que derrière, les musicos dégainent les riffs à merveille. Contraste total avec Jeffrey Lee Pierce qui enchaine au meilleur de sa forme deux titres fabuleux, notamment sur Breaking in your daydream où sa voix luxueuse perce le noir de la salle de tous ses sens. Si l’alcool et la drogue n’ont pas affecté sa voix, par contre coté physique… Autre grande voix : Blixa Bargeld. A l’inverse du chanteur de Gun Club, Blixa n’exacerbe pas son organe, mais au contraire le repose avec le morceau cool qu’est Johnny Guitar. Puis en duo avec la timide et jolie Anita Lane (on dirait une poupée), c’est le romantisme qui prévaut sur Subterranean world. Sûr que Bargeld doit lui faire de l’œil. Enfin pour clore le concert, le dernier invité à venir pousser la chansonnette (ou la gueulante, c’est selon) est l’étonnant et charismatique Nick Cave. Accueilli par une ovation du public, il met en un tour de manivelle le Bataclan à ses pieds avec trois titres rock virulent. Il ne chante pas, il beugle, postillonne sur les premiers rangs, les fait bouger avec son micro lasso. Avec Nick Cave c’est chand devant, faite de la place. Au bout d’1h30, c’est le rappel d’urgence. Ce sera chose faite avec Kid Congo au chant et à la guitare puis Jeffrey Lee Pierce (toujours avec sa dégaine de dandy loser). Mais le clou de la soirée sera le deuxième rappel avec la réunion de tous les invités autour de Die Haut pour une reprise massacre-magique de 1969 des Stooges. Douze minutes d’amusement où on les voit se lancer des vannes, se chamailler, et livrer une tonne de cri et de riffs. Bref, une bande de copains qui s’éclate. D’ailleurs, je pense que cette fête a dû se prolonger tard dans la soirée. Les personnes présentes au Bataclan se rappelleront très longtemps de cette version destroy (tout fini au larsen !) de 1969. Petit nota de fin, il était amusant de voir sur le côté de la scène, chaque invité attendre son tour pour venir à l’appel du bassiste Christoph Dreher."

Pochettes des deux albums sorties au moment de la tournée de 1993. Dans l’album "Head On" (What’s So Funny About…) il y a un florilège d’invités de luxe.