lundi 25 octobre 2021

ALVILDA : Povitive !


J’ai découverts le jeune groupe parisien Alvilda en août dernier, lors de la sortie de leur premier EP 4 titres Négatif (1). Ce disque a été immédiatement un coup de cœur, car leur style de musique power/noisy pop, avec une touche yéyé garage, le tout avec des textes en français est d’une efficacité redoutable. En seulement quatre morceaux, le groupe réussi à emballer et à ficeler l’amateur du "forma" girls group en mode power pop. Sous le charme de leur musique, j’ai voulu en savoir plus sur elles. Nina (chant et guitare), Mel (guitare), Eva (basse) et Sandra (batterie) ont répondu à mes questions envoyées par mail. Merci Alvilda !         

Comment vous êtes-vous rencontré et qu’est-ce qui vous a motivé à créer le groupe ?

Nina : On a d’abord eu l’idée de faire un groupe Eva et moi. On est amies depuis longtemps et en plus on a exactement les mêmes goûts musicaux ! J’avais commencé la guitare pas très longtemps avant et on a commencé dès que j’ai réussi à plaquer mon premier accord (autant dire que les débuts n’étaient pas fous haha). On a demandé à Sandra pour la batterie, je la connaissais de soirées et de concerts depuis quelques temps et je l’ai toujours trouvée très fun, alors quand j’ai entendu qu’elle faisait de la batterie j’ai voulu que ce soit elle ! Vu mon niveau de guitare on s’est rapidement rendues compte qu’une deuxième guitare, ce serait vraiment un plus. On a proposé à Mel que je connaissais depuis moins longtemps mais qui était déjà devenu une amie très proche !

Vous avez joué dans d’autres groupes avant de former Alvilda ? Si oui, les noms et quel style de musique ?

Nina : J’ai chanté dans un groupe de punk quand j’avais 16, 17ans qui s’appelait RU486. Ensuite j’ai fait un groupe de Power violence à la basse avec mon frère, on s’appelait Social Traitre mais on a fini le groupe avant d’avoir pu enregistrer. Je joue de la basse avec mes meilleurs potes dans Bromure, un groupe de Oi !, depuis 2016.

Eva : Je fais des groupes depuis que je suis ado mais rien de très sérieux. Depuis 2017 je joue la basse dans Squelette, un groupe de Oi !, qui fait partie de la même bande de potes que Bromure le groupe de Nina.

Sandra : J’ai déjà tenté des trucs avec des potes, toujours dans la veine punk, rock, pop, et en ce moment je joue avec d’autres copines, on verra ce que ça donne !

Vous jouez de la musique depuis toute gamine ? Vous pouvez en quelque mot chacune vous présenter ?

Nina : J’ai commencé le piano quand j’avais 9 ans, il en reste pas grand-chose aujourd’hui mais ça m’a permis d’apprendre la musique. Mon père est guitariste et je chantais souvent avec lui depuis gamine. Je lui ai demandé une basse à 11 ans parce que j’étais amoureuse de Sid Vicious. Je me suis mise tardivement à la guitare qui est, au final, mon instrument de prédilection. Je pense que je ne me sentais pas légitime à en jouer, vu que mon père et mon frère en faisaient déjà.

Mel : A la base je voulais à tout prix jouer de la batterie mais ma mère trouvait ça super bruyant elle m’a payé une guitare à la place. J’avais 16 ans. Maintenant quand je vois mon sens du rythme, je me dis que j’ai bien fait de me mettre à la guitare finalement. J’ai passé pas mal d’années à jouer sur des folks, du coup j’ai un jeu assez mélodique et nuancé, qui se prête bien à Alvilda.

Eva : Je joue la basse depuis que j’ai 12 ans, j’ai grandi en Espagne et fait quelques groupes là-bas. Quand je suis arrivée à Paris en 2012 mon intention n’était pas de refaire de la musique tout de suite, mais le fait de rencontrer des gens avec les mêmes goûts musicaux que moi m’a redonné envie de jouer.

Sandra : Gamine, j’ai fait quelques années de piano. J’aimais plutôt bien, mais ma prof était très stricte, j’y allais de plus en plus à reculons et j’ai fini par arrêter ! Bien plus tard, je me suis très vite essayée à la guitare mais ce n’était pas du tout pour moi, pas assez de patience avec les cordes (et pourtant, je pourrais collectionner des guitares et pédales tellement je trouve ça beau) ! Et la batterie m’a toujours fait de l’œil, mais je n’osais peut-être pas me lancer. Et il y a quelques petites années, j’ai eu la chance d’avoir la batterie de mon frère à dispo, j’ai demandé à un pote de me donner quelques cours (merci Pech !) et j’ai commencé à jouer avec des copines. Et ça a vraiment été une révélation !

Pourquoi le nom Alvilda pour le groupe ?

Mel :C’était une des toutes premières idées, qui venait de Nina. On a essayé de chercher d’autres noms, mais on est toujours revenues à celui-ci ! Alvilda était une princesse scandinave du Vème siècle. Afin de fuir un mariage forcé, elle est devenue capitaine d’un bateau de pirates composé d’un équipage entièrement féminin !


Vous venez de publier un 45 tours sur le label allemand Alien Snatch. C’est le label qui vous a contacté ? Pas de label français intéressé par votre musique ?

Nina : On avait fait une petite liste de labels qui nous plaisaient et c’est le tout premier auquel on a écrit. Le lendemain matin, il nous a répondu qu’il était intéressé et qu’il souhaitait sortir notre EP. On était super contentes ! En effet, Alien Snatch a sorti des groupes qu’on adore comme les Number Ones, TV Crime, Protokids, Pale Lips, Hex Dispensers. On s’est posé la question des labels français, mais Alien Snatch, notre premier choix, a répondu positivement et on a foncé.

Le 45 tours à pour titre Négatif. Pourtant votre style musical est très positive car elle est fun, ensoleillée. Faut-il prendre ce mot au premier degré ou c’est un pied de nez à votre style joyeux ?

Nina : Négatif est un des morceaux de l’EP, et c’est aussi le tout premier morceau d’Alvilda. En effet, notre musique est plutôt fraîche, mais justement, elle permet aussi de s’exprimer sur des sujets, avec humour, qui ne le sont pas forcément !

C’est, je trouve très cool de votre part d’avoir choisie de chanter en français, ce qui n’est pas courant dans le style pop rock garage qui privilégie l’anglais. Ce choix était évident ? Qui écrit les textes ? Quels sont les thèmes qui vous inspirent ?

Nina : Ce choix s’est fait assez naturellement. Au départ on n’avait pas vraiment de choix arrêté, un de nos morceaux (Vortex) était d’ailleurs en anglais, mais comme tous les autres sont venus naturellement en français, on l’a finalement réécrit. Grâce au français on peut s’exprimer plus honnêtement. J’ai écrit Négatif par rapport à mon compte en banque (haha). Après ce morceau, on a écrit tous les textes à deux avec Eva. En général on se retrouve chez Eva, j’arrive avec une idée de quelque chose dont j’aimerais parler et on écrit ensemble. On rigole beaucoup quand on écrit nos textes. Les thèmes sont vraiment classiques mais on essaye toujours de les aborder de façon drôle.

Avec ce 45 tours que je trouve fabuleux pour débuter votre carrière, l’attente d’un long format est une torture. Un album est prévu prochainement ? Ou vous allez faire avant d’autres 45 tours ? A ce jour, vous avez combien de morceaux finis ?

On est en train de travailler pour un album. Quand on a signé avec Alien Snatch, le deal c’était qu’il nous sorte le 45 tours et qu’on prépare un album juste après. En effet, les 45 tours sont un peu un pari pour les labels et reviennent relativement cher, et au final, 1 mois et demi après sa sortie, notre 45 tours est déjà sold out. On espère pouvoir enregistrer au milieu de l’année prochaine si tout va bien, pour l’instant on a 4 nouveaux morceaux finis, et pas mal de compos sur lesquelles on est en train de bosser.

Est-ce que vous faites des reprises ? Si oui de qui ? Si oui, allez-vous les enregistrer ou juste les garder pour les concerts ?

Non, pas de reprise… On voulait en faire mais on n’est pas tombées d’accord (haha). Pour l’instant, on se concentre sur nos compos, mais on ne laisse pas tomber l’idée complètement !

Pour les anciens qui ont connu le label New Rose et son catalogue exigent, quand on écoute vos chansons, on ne peut s’empêcher de penser au groupe Les Calamités. C’est un groupe que vous revendiquez, ou c’est un hasard de style ?

Nina : C’est marrant que tout le monde nous compare aux Calamités parce que je ne connaissais pas avant et pour être honnête, je ne suis pas très fan (haha) donc s’est absolument pas une référence pour mes compos. Aujourd’hui j’ai quand même appris à aimer deux morceaux, contrairement aux filles qui aiment beaucoup. Tant que cette comparaison est un compliment, ça me va !

Mel : J’ai découvert Les Calamités quand on a commencé à nous en parler. Je ne trouve pas la ressemblance flagrante, mais j’adore leur musique. Je trouve ça bien plus pop que nous !

Qu’est-ce que vous écoutez comme musique ? Vos artistes/albums de chevet, qui vous ont donné envie d’être active dans la musique, de jouer d’un instrument ?

Nina : Aujourd’hui principalement de la power pop, du Punk 77. J’aime aussi le punk hardcore, le r’n’b, et ancienne skin que je suis, la Oi ! aura toujours une place dans mon cœur (haha). Disque de chevet super dur à choisir, mais ces temps-ci j’écoute beaucoup les amis Enamorados de Barcelone, je me remets toujours pas du groupe The Whiffs énorme claque, Tough Shits de Philadelphie que j’ai vu jouer à New York avant la pandémie. En toutes circonstances j’adore leur disque Burning in Paradise. Bon et allez en gros classique je rajoute l’album Blue for You de Status Quo pour le soleil et le pep’s. Je pense que c’est mon père qui m’a donné envie de jouer d'un instrument et après lui les Sex pistols !

Mel : J’ai commencé à jouer de la guitare avec le répertoire de Metallica. Je suis toujours très fan mais en ce moment je pourrais citer l’album Nightmare Logic de Power Trip que j’écoute presque quotidiennement, Ummon de Slift, groupe de métal français incroyable et puis grosse influence pour les harmonies et aussi meilleur album de tous les temps : Pet Sounds des Beach Boys.

Eva : Comme Nina je suis à fond dans le punk / power pop (même si je n’abandonne pas les autres styles que j'aime comme le r&b des années 60 et la Oi !). En ce moment, sur ma platine il y a l’album de The Jolt, évidemment et pour toujours les premiers The Jam et aussi l’album de The Crack incroyablement tubesque !

Sandra : J’écoute beaucoup de garage, punk, power pop et j’affectionne de façon générale les années 60 et 70.  Mais j’aime aussi beaucoup le métal, le hardcore ou même la new wave. Si je devais retenir un seul album, ce serait impossible bien sûr, mais disons que ça pourrait être Forever Changes de Love. Et un groupe en général, les Beatles !

Photo @ Isabel Cortés

Votre style musical est à la fois garage et pop-yéyé. Vos morceaux pourraient passer à la radio style RTL, Europe 1, comme dans les années 80 quand on entendant Taxi Girl (Cherchez le Garçon, PARIS), Lili Drop (Sur ma mob), Edith Nylon (Edith Nylon), Elli & Jacno (Main dans la main), Niagara (l’Amour à la plage), Les Civil (La Crise). Avez-vous un chemin de route pour faire connaître votre musique au plus grand nombre ? Si le succès arrivait, comme pour La Femme, est-ce que vous seriez prêtes ?

Nina : Je pense qu’on a encore du boulot, notamment du point de vue scénique, mais c’est cool parce qu’on a beaucoup de concerts de prévus donc on va avoir l’occas’ de pratiquer ! Perso, je suis au chômage alors je suis dispo à 100% pour le succès (haha).

Mel : Si effectivement le succès arrive, je suis déjà hyper prête pour la tournée US et Japon.

Sandra : Ouais ?!

Comment voyez-vous la scène rock française actuelle ? Vous avez des affinités avec d’autres groupes/scènes ?

Nina : Les Lullies.  

Mel : Je suis hyper fière de la scène rock française en ce moment. Il se passe pleins de choses, pleins de filles montent sur scène et créent des groupes. Notamment grâce à l’initiative de Vic (Mary Bell) et Julie (Bitpart) qui ont créé les ateliers des Zikettes. J’ai hâte de voir ce que ça va donner dans quelques années !

Eva : Je suis trop fan de l'album qu'ont sorti les Pogy et le Kéfars, ça présage des belles années dans la scène française j'espère !

Sandra : Je pense que la scène rock française est vraiment riche, il y a toujours des nouveaux projets cools qui naissent, et dans différents styles ! Voici quelques groupes que j’aime beaucoup : Slift, Fotomatic, Bogan, les Scaners, Litige, Cuir, Cobra, Les Tigres du Futur, Mary Bell, Youth Avoiders, Pogy et les Kéfars et j’ai découvert Kael il y a peu, et je suis vraiment fan ! Et il y en a tant d’autres (allez, je rajoute Taulard avec qui on a joué il y a peu, c’était mortel) ! Et puis, il y a de plus en plus de filles qui jouent et ça c’est super. J’en profite pour saluer sincèrement l’audace de Victoria et Julie d’avoir créé l’Atelier des Zikettes qui permet à beaucoup de meufs de se lancer ! Un très grand bravo !

J’imagine que le groupe ne vous permet pas de vivre financièrement. Quel est votre activité ? Votre travail a un lien avec la musique ?

Nina : A côté du Rock, je fais de la photographie.

Mel : Je suis tatoueuse, ça n’a pas vraiment de lien mais ça me permet d’être super disponible pour faire de la musique avec les filles.

Eva : Je suis vétérinaire.

Sandra : Je travaille dans l’édition de livres (fabrication et maquette).

Quels sont les projets pour 2022 ?

Nina : Plein de concerts et un album !

Mel : On est en train de travailler sur l’album, il va être super.

S’il y a autre chose à rajouter, un message à faire passer à nos lecteurs c’est ici !

Mel : Venez nous voir en concert !

Sandra : Bisous !

Photo @ Lulu Marck

Tous les visuels qui illustrent l'interview proviennent du Facebook d'Avilda, que j'ai honteusement téléchargé sans demander l'autorisation.

(1) : Chronique de l’EP Négatif ici : https://paskallarsen.blogspot.com/2021/08/alvida-negatif-alien-snatch-records-13.html

https://aliensnatch.bandcamp.com/album/alvilda-n-gatif

https://www.facebook.com/Alvilda.Paris