mardi 19 janvier 2021

WAX MACHINE "Earthsong of Silence" (Beyond Beyond Is Beyond Records) – 20 mars 2020


 

Formé en 2015 autour du chanteur guitariste Lau Ro, le groupe anglais de Brighton Wax Machine a publié au printemps 2020 son premier album nommé Earthsong Of Silence. Avant d’être stabilisé autour du boss Lau Ro, avec Isobel Jones (voix, flûte), Toma Sapir (batterie), Woody Greenpas (basse), pas mal de musiciens sont passés dans le groupe, dont Rose Dutton de Rokurokubi (1) présente sur l’EP Harlequin’s Patchwork.

Le compositeur et multi instrumentiste Lau Ro est brésilien, d’origine italien et habite en Angleterre à Brighton. De part son métissage entre le soleil et la pluie, Lau Ro apporte au groupe une direction vers une fusion de styles musicaux juste parfaite, car finement bien dosé. Sous la lumière à dominance psychédélique, la musique de Wax Machine se promène avec talent à travers la folk, le krautrock, l’exotica, le tropicalisme, le jazz funk, l’afro beat, la pop, avec une efficacité étonnante, une liberté folle. Dans le style, le groupe fait penser aux espagnols de Magic Brother & Mystic Sister (qui sont n°1 dans mon Top 25 de 2020). Les compos gravées sur Earthsong of Silence sont mélodiques et entêtantes. La présence de la flute, des voix féminines, d’une belle instrumentation variée à nous faire perdre la tête grâce à une rythmique qui flirte avec la transe, le psyché et le groove. On reste scotché, comme le spectateur absorbé par les images d’un film à suspense réalisé dans les seventies. Cerise sur le gâteau, Go Kurosawa du groupe Kikagaku Moyo a produit l’album et joué du piano, des percussions et de l’harmonium. Soit un atout supplémentaire pour donner aux morceaux composés par le groupe toutes les richesses sonores. Dans le texte qui figure sur Bandcamp, Lau Ro précise : « L’album est une exploration des paradoxes, de la méditation et de la magie, fondée sur l’idée sous-jacente de devenir un avec la nature et en harmonie avec l’environnement. » Cette volonté artistique est bien présente sur les compos. C’est clair, il y a une communion entre les musiciens. Communion, qu’ils font partager au public.

A noter que l’album est publié par le label new-yorkais Beyond Beyond Is Beyond Records (dont le logo est un champignon), qui a au fil des années publiés d’excellents groupes tendance psyché : The Myrrors, Synday & Cybele, L’Eclair, Garcia Peoples, Kikagaku Moyo

Wax Machine à jouer au Trabendo à Paris le 3 septembre 2020, soit un exploit en live (et non pas en streaming) en cette année 2020 (qui se poursuit en 2021) qui n’a pas fait de cadeau aux concerts. Pour clore cette chronique, un grand merci, un big up à Laure D. de m’avoir fait découvrir ce groupe avec cet excellent album de psyché rock.

(1)   Chronique de l’album Saturn In Pisces de Rokurokubi ici : https://paskallarsen.blogspot.com/search?q=rokurokubi


https://waxmachinebbib.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/waxmachine







THE JESUS AND MARY CHAIN "Darklands" (Blanco Y Negro Records) – 31 août 1987


 

MES DISQUES A EMPORTER SUR UNE ILE DÉSERTE: Chronique n°10

En publiant en 1987 son deuxième album Darklands, le groupe The Jesus and Mary Chain fait un virage à 45° vis à vie de leur premier album Psychocandy (1985). Après le départ de Bobby Gillespie pour donner plus de visibilité a son groupe Primal Scream qui n’a pas encore publié de disque et Douglas Hart (à noter qu’il vient de produire Heartlow, le nouvel album de Jane Weaver), The Jesus and Mary Chain est devenue un duo, avec aux commandes les frères Reid. Avec ce changement de formation, la musique des Jesus passe du fracas des larsens et du bruit blanc étouffant, tout en laissant passer des mélodies au travers du mur du son, vers une musique calme, acoustique et pop. Et petite précision, la batterie tenue auparavant par Bobby Gillespie est remplacée sur Darklands par une boite à rythme. L’album contient 10 morceaux, dont le tube parfait April Skies (qui atteindra la 8ème place dans le top anglais) qui trotte encore 37 ans plus tard dans la tête. 

En mai 2020, The Jesus and Mary Chain devait venir jouer au festival Villette Sonique à Paris pour interpréter l’intégralité de Darklands. La pandémie a décidé de mettre son grain de virus pour tout annuler. La tentative 2021 aura t-elle plus de succès avec le concert au festival Beauregard à Hérouville-Saint-Clair en Normandie le 2 juillet ?

J’ai découvert en 1985 The Jesus and Mary Chain grâce au fanzine Mea Culpa (1985-87, neuf numéros) avec ses chroniques de disques qui donnaient envie de tout acheter, tant l’enthousiasme de Stéphane Rozencwaj (qui deviendra quelques années plus tard vendeur et conseillé chez les disquaires Dancetaria et Rough Trade à Paris) était communicatif. Mais aussi grâce au mensuel Best et plus particulièrement la journaliste Emmanuelle Debaussart, dont j’aimais bien ses choix de groupes pour écrire ses articles. Et n’oublions pas, en 1986 une nouvelle revue va apparaitre, elle a pour nom Les Inrockuptibles. The Jesus and Mary Chain seront au sommaire du n°4 décembre/janvier 1987 et en couverture du n°12 été 1988.


J’ai acheté l’album Darklands dès sa sortie. Rapidement il va devenir aussi important que Psychocandy et jouer le yo-yo de mon album préféré selon l’humeur du moment, tant ses deux LP façon le yin et le yang, le blanc et le noir se répondent avec leurs différences qui se complètent.   

Darklands est produit par William Reid et co-produit avec Bill Price (Sex Pistols, The Clash) et John Loder (Crass, UK Decay, Subhumans, Big Black, Fugazi, Babes In Toyland, Therapy ?). Vu leurs nombreuses productions, particulièrement bruyantes, c’est étonnant de les voir ici avec William et Jim Reid pour donner aux nouvelles compos de la douceur et des ballades (Darklands, Deep One Perfect Morning, Nine Million Rainy Days -avec ses cœurs à la Stones-, Cherry Came Too, On The Wall), même si certains titres sont plus emportés (Happy When It Rains, Down On Me, Fall). En tout cas, la magie a opéré, faisant de Darklands un album intemporel, même s’il reste marqué par les années 80 avec les styles cold et new wave pour cette sensation de spleen, de mélancolie qui a traversé cette décennie musicale. Que l’on soit adolescent ou adulte, la noirceur acoustique version pop et cool (on n’est pas chez Nico n’y chez Joy Division) de Darklands restera à jamais une perle musicale unique dans le paysage du rock indé.

Pour clore cette chronique, en 2011 les labels Edsel et Rhino ont réédités l’album Darklands en coffret 2 CD + 1 DVD. Le CD 1 contient l’album, l’EP Some Candy Talking et 6 morceaux enregistrés aux BBC Sessions. Le CD 2 contient les faces B des EP plus des bonus alternatives. Le DVD contient des clips et les passages TV. Le tout avec un livret qui contient des interviews de Jim Reid, John Moore, Dave Evans et les paroles des chansons. Le tout pour un prix doux.

 

 

https://themarychain.com/




dimanche 17 janvier 2021

LEBANON HANOVER "Sci-Fi Sky" (Fabrika Records) – 20 octobre 2020


Lebanon Hanover est un duo qui s’est formé en 2010. Installé à Berlin, le duo/couple est composé de la suissesse Larissa Iceglass et du britannique William Maybelline. Sci-Fi Sky est leur 6ème album studio. Leur style de musique est classé dans la famille darkwave, cold wave, dark folk et gothique. William possède une voix grave, emporté et sombre dans l’esprit d’Andrew Eldritch/Sisters Of Mercy, Douglas Pearce/Death In June et Larissa tempère la froideur avec une voix religieuse, mélancolique et profonde. La basse est lourde, rythmique et inquiétante, les synthés sont à l’honneur, elle remplisses l’espace du sanctuaire, tel le reflet d'une BO d’un film d’horreur. Avec cette impression de désespoir, on pense par moment à l’album Closer de Joy Division, Pornography de The Cure et The End de Nico. Oui, la musique est funèbre, ainsi pas étonnant que la photo de la pochette a été prise par William avec son téléphone portable dans un cimetière à Glasgow. Mais pas d’inquiétude, malgré que l’atmosphère général de l’album étalé sur un double vinyle soit lugubre, la mort n’est pas pesante, on imagine que l’heure de la faucheuse n’est pas arrivé. Elle attendra encore un peu, avant de frapper à la porte.

L’album a été composé quelque mois avant la pandémie mondiale, la tournée qui devait promouvoir les nouveaux morceaux a été stoppée lors du premier confinement, après seulement 4 soirs de concerts. Par contre lors d’une accalmie, après les vacances d’été 2020, le duo a pu jouer à Poznań en Pologne le 20 septembre. Après deux reports, espérons qu’ils pourront venir jouer le 25 septembre 2021 à La Gaité Lyrique à Paris. Si le concert n’est pas une fois de plus reporté ou annulé, ça veut dire que la vie culturelle a repris du souffle.

Au final, ce 6ème album, certes plus sombre, plus inquiétante que les précédents albums est plaisant à écouter et devrait plaire aux amateurs de rock gothique.


https://lebanonhanover.bandcamp.com/album/sci-fi-sky

https://www.facebook.com/lebanonhanover/