vendredi 30 juillet 2021

LES BÉCASSES : Pop à plumes


Le groupe noisy pop Les Bécasses, nous envoie une petite carte postale avec un clip du morceau The Late Show extrait de leur 3ème album Bloody Winter sortie en mars dernier. L’album contient 8 morceaux power pop et noisy bien vif et sans chichi. Ici pas de gestes barrières pour mieux sentir le contact frontal qui parle directement au corps humide, à force de vibrer sous leurs mélodies pop rock. Les Bécasses ça attaque aux jambes!


 

En 2011 (et oui déjà 10 ans !), lors de la sortie du premier album, j’avais fait une interview pour le fanzine Abus Dangereux. L’interview a été publié dans la Face 119 été 2011 avec en couverture un joli dessin de Yaya d’Herman Dune. En la relisant, je me suis dit, allez hop je mets en ligne la version presque intégrale, il manque juste la dernière question qui cause politique, du coup 10 ans plus tard et deux quinquennats, cela n’a plus d’intérêt. De plus la politique ? on en a « ras les couilles ». 

Petit nota : Depuis 2011, la formation du groupe a  changée. Il y a cinq ans, Christophe, le guitariste, à quitté le groupe pour vivre en Suisse. Pendant quelques années Les Bécasses ont joué en formation trio (Marion, Aurélie et Olivier). Depuis un an, une amie les as rejoints pour jouer du synthé sur quelques morceaux présents sur le nouvel album et pour les interpréter en concerts. Elle est également présente sur le nouveau clip.

  

Les Bécasses est un jeune groupe de la région parisienne composé à part égale de 2 filles (Marion et Aurélie) et 2 garçons (Olivier et Christophe). Ils viennent de sortir un premier album en vinyle blanc (à seulement 300 ex. numérotés) avec à l’intérieure 11 magnifiques titres à l’énergie noisy pop. On a craqué sur leur musique, et vous craquerez aussi si vous fans de TV Personalities, Shop Assistants, Primitives et les Buzzcocks.

Dans quelle circonstance c’est créé votre groupe Les Bécasses ?

Marion : Aurélie et moi, nous sommes rencontrées à un concert sur Paris. On avait déjà eu quelques expériences musicales, mais étions deux débutantes avec les mêmes goûts. Ça a tout de suite accroché. Après ce fut une longue aventure pour trouver les membres idéaux des Bécasses, je crois (j’espère) qu'on a trouvé!

Olivier : Il y a, je crois, deux raisons à mon arrivée dans ce groupe : il fallait quelqu'un qui ne soit pas, deux semaines plus tard, le futur sixième ex-guitariste et il fallait que Marion soit assez saoule pour oser me le demander. Impossible de résister à une telle invitation.


C’est parce que vos parents sont chasseurs ou fans des flamands roses (Pink Floyd) que vous avez choisi votre nom de groupe Les Bécasses?

Christophe : Plutôt flamand rose. Pink Floyd est un des rares groupes qui me donne des frissons. Eh oui ça remonte loin, c'est sûrement le premier groupe que j'ai écouté avec mes parents. Bon je ne les écoute plus aujourd'hui, j'ai découvert Henry Cow et Soft Machine depuis.

Marion : Mais fort heureusement, cela n'a rien à voir ! Le nom a une petite anecdote. Il y a eu une répète ou Aurélie et moi avons ri comme des pétasses. On a trouvé que Les Bécasses passaient mieux que les pétasses !

Olivier : Moi j’ai l’impression que parfois c’est plus le nom qui vous choisit que le contraire. Étant arrivé après la bataille, je n'ai de toutes façons pas eu mon mot à dire. Au moins c'est une bonne excuse pour glousser à longueur de tournée !

Votre musique noisy pop est d’une fraicheur exquise. C’est l’air du Val d’Oise qui vous inspire ? Et vous donne des ailes pour composer des mélodies aussi accrocheuses ?

Olivier : J'aime à croire que ce sont encore les mélodies d'un ado un peu mal dans sa peau qui prend du bon temps dans son lycée de banlieue, les 90s en toile de fond. Bon Marion a pris de la bouteille maintenant donc les nouveaux morceaux sont un peu plus sombres et ça fait un bail qu'elle n'est plus retournée au lycée !

Marion: Je sais que Les Bécasses ne sonnent pas trop road movie, mais les airs me viennent généralement en conduisant. Si le lendemain à tête reposée, je n'ai plus le morceau en tête je laisse tomber. On n'est peut-être passés à côté de pleins de chefs d'œuvre d'ailleurs! Mais ce que j'aime c'est surtout les trucs pop qui restent en tête sans être niaiseux.


Vos chansons dépassent à peine 2 minutes. C’est pour vous la durée idéale pour une chanson ?

Marion: On n'est pas trop pour la branlette !! Et puis on n'en a pas vraiment les moyens, quoi qu'Olivier dois pratiquer pas mal chez lui. Donc, oui quand nous n'avons plus rien à dire, deux minutes suffisent généralement, le morceau s'arrête là !

Olivier: C’est marrant que tu dises ça, j’ai eu une discussion assez intéressante avec The Attendants sur la branlette au fond du camion le week-end dernier.

Aurélie: C'est vrai que je préfère aussi des morceaux qui ne s'étirent pas trop sur la longueur. Une construction assez simple me convient bien, quitte à rajouter des petites fioritures ci et là.

Christophe : Un couplet et un refrain suffirait aussi bien, mais ça nous priverait du plaisir de jouer les morceaux !

Olivier : C'est surtout que les Residents ont déjà exploité le filon, tu veux dire ! (NDLR : l’album Commercial Album avec 40 morceaux de une minute).


Votre album est auto produit. Vous pouvez nous donner la recette pour éditer un album par ses propres moyens ? C’était un chemin de croix, ou au contraire une balade sans embuche ?

Aurélie : Je ne le vois pas vraiment comme un chemin de croix. Dans notre entourage, pas mal de copains ont sorti des albums en auto production. Du coup, on se refile les tuyaux. Il est vrai que ça prend pas mal de temps mais au final, cette initiative me plait.

Christophe : On a surtout passé un bon week-end à la campagne à faire de la musique. Après le mix ...

Olivier : Oui, enfin le mix et tout ce qui s'en suit ! Dans tout ça, le plus compliqué c'est certainement de réussir à mettre tout le monde d'accord. Ça doit être pour ça que sont payés les gens des labels en fait !

Christophe : Comme pour les concerts, ça marche principalement par réseaux, avec les gens qui nous entourent. Aujourd'hui, avec l'informatique, beaucoup de gens se mettent à la production. Si en plus on pense à la diversité de ce qui est produit : on peut enregistrer avec un simple 4 pistes ou dans un studio très équipé. Nous on a fait un choix à un moment donné de la vie du groupe. En tout cas, merci encore à Matthieu qui nous a enregistré !


Vous jouez principalement dans le réseau des squats. Ce milieu est pour vous une bonne alternative aux salles de concerts ?

Aurélie: C'est vrai que cette option nous permet de faire des concerts dans des lieux souvent très sympas, voire insolites, avec des gens plein de volonté pour tenter de leur assurer une certaine pérennité.

Christophe: Sans dire qu'on en fait partie, c'est dans la marginalité, et donc dans des lieux comme les squats, qu'émergent les nouvelles scènes. Pour nous, le fait est qu'aucune salle ne nous connaît ! Et puis on ne joue pas que dans les squats, il y a plein de bars pour nous accueillir.

Olivier: Et c’est là qu’est né le groupe ! Après il faut laisser les enfants grandir, donc je n’ai rien contre le fait de voir Les Bécasses programmées dans de vraies salles de concert. D'une manière ou d'une autre, on finit toujours par retourner d'où l'on vient.


Qu’est-ce qui vous plait (ou pas) dans le milieu des squats? On se sert les coudes ? Les squats à Paris en 2011 n’ont pas trop la vie dure avec la police et le voisinage ?

Marion : En ce moment, trop rien à redire, mais dès qu'un groupe rameute beaucoup de monde et que ça déborde sur le trottoir, là c'est sûr les flics débarquent. A l'époque, je me souviens que les

Vieilles Salopes, deux soirs de suite avaient dû stopper leur show et celui des Medef Inna Babylon. Le patron du rade, s'était pris une bonne prune. Ça l'a refroidit, comme ça doit en refroidir pas mal. La Miroiterie (NDLR : ce lieux n’existe plus) à Paris est sur la sellette également. Des lieux ferment, d'autres se créent.

Aurélie: C'est vrai que c'est un milieu dans lequel on a évolué et cela bien avant d'y jouer. Nous avons vu pas mal de concerts dans différents squats, à différentes époques. On a suivi les ouvertures, les fermetures. Nous nous y sentons à l'aise. Récemment nous avons joué à l'espace autogéré de Lausanne avec un groupe suisse, Thee Irma & Louise, et avons été encore ravis de découvrir un lieu avec une bonne dynamique et d'y avoir rencontré les personnes qui le font vivre.

Olivier: Le plus important pour moi, c'est que le pire y côtoie le meilleur. C'est parfois un peu usant mais le pire sait aussi être génial ! Ça rejoint cette citation dont j'ai oublié l'auteur "Le talent fait ce qu'il veut. Le génie fait ce qu'il peut".


Vous côtoyez la scène punk parisienne. Vous pouvez nous en dire quelques mots sur ces groupes. Où en est le punk à Paris en 2011?

Olivier : Ici à Paris, au niveau des assoc', on a les Barrocks, ALI FIB, SDZ Records, Stiff Little Baguette, Arrache-Toi Un Œil, Born Bad, Inch Allah Records, pour n'en citer que quelques-uns. Tous ces gens-là se bougent pour organiser pas mal de trucs. C'est vivant, certaines personnes rentrent dans la danse, d'autres en sortent. En fait, plutôt que parler de scène punk, on devrait parler de scène DIY. Et ce terme en dit très long : la scène ne vit que si tu y participes, qu'il s'agisse d'organiser un concert ou de sortir pour y assister.

Christophe : Il y a tellement de groupes, de scènes différentes. Tout le monde peut s'organiser pour jouer devant un public. La question c'est surtout de ne pas tourner en rond dans les cinq ou six bars qui nous le permettent.

Olivier : Très juste.


 

Quels sont vos influences musicales et artistiques ?

Olivier : Y’a pas un autre mec qui, un jour, a dit un truc du genre « Il y a deux styles de musique : la bonne et la mauvaise » ? Bon, ben disons que je suis influencé à part égale par les deux. En ce moment dans les trucs bien, j'écoute beaucoup l'album "And Don't The Kids Just Love It" de Television Personalities, "Males" de The Intelligence, notre pote, Greg, fait de supers compils garage. Dans les trucs un peu honteux nan, ce genre de petits plaisirs doit rester solitaire !

Marion: J’ai écouté des choses ici et là, dans pas mal de courants musicaux, T-Rex  dans le genre Glam Rock, du Punk bien sûr, un peu de Shoegaze (Ride), de la Brit Pop, les Stone Roses par exemple et du Grunge... J’aime bien les Buzzcocks, qui combinent bien l’urgence du punk et les mélodies sympas de la pop. Leurs paroles sont naïves et rigolotes ! C’est d’ailleurs bien la seule re-formation qui ne m’ait pas déçue. Il y a pour moi aussi des choses inavouables dont je tairai le nom.

Olivier: Marion a essayé d'apprendre plein de morceaux de ces groupes mais elle s'est toujours arrêtée aux 2 premiers accords ! Tu vois d'où vient notre côté punk maintenant ?

Aurélie: Je me rapproche pas mal des goûts de Marion. On a beaucoup d'influences communes avec pas mal de punk français en plus en ce qui me concerne.

Nota: Les photos qui illustrent l'interview proviennent du Facebook du groupe. Désolé, je n'ai pas demandé la permission ! 

https://lesbecasses.bandcamp.com/album/bloody-winter-2021-12

https://www.facebook.com/lesbecasses