mardi 7 décembre 2021

JACQUES FLORET : Exposition "Portraits de France" au Musée de l’Homme à Paris jusqu’au 17 janvier 2022

 

L’artiste graphiste, illustrateur Jacques Floret a réalisé 318 portraits d’hommes et de femmes (méconnues, célèbres ou oubliés) qui ont participé au récit national de la France. Ces portraits proviennent du recueil Portraits de France. Parmi ses 318 portraits exposé comme une fresque sur le mur d’entrée de l’exposition, 58 personnalités (29 femmes et 29 hommes) ont été sélectionné pour guider le visiteur à travers les dates, les événements, les temps forts économiques, politiques, sociaux et culturels de la France.

Samuel Beckett (Écrivain, dramaturge)

 Cathy Rosier (actrice)

A l’heure où la politique française de droitise, en montrant du doigt les « étrangers », -avec malgré tout une lueur d’espoir avec la première femme noir Joséphine Baker qui vient d’entrer au Panthéon-, cette exposition, à la demande du Président de la République, Emmanuel Macron et de la ministre déléguée à la Ville Nadia Hai, arrive au bon moment pour rappeler que les personnes issues de l’immigration apportent chacun.e, sa contributions à la richesse, diversité de la France.

Mur d'entrée de l'exposition "Portraits de France"

Jacques Floret au Musée de l’Homme @ Renaud Monfourny http://blogs.lesinrocks.com/photos/

Ci-dessous le texte du communiqué de presse :

"Qui se souvient de Do Huû Vi, cet aviateur originaire de Saïgon venu combattre et mourir dans LEs rangs de l’armée française pendant la Première Guerre mondiale, de Sanité Belair considérée comme l’une des héroïnes de l’indépendance d’Haïti, de l’immense compositrice tchèque Vítězslava Kapralova, formée à l’Ecole normale de musique de Paris ou encore Raphaël Elizé, l’un des premiers maires noirs d’une commune de France métropolitaine, engagé dans la Résistance avant de mourir en déportation à Buchenwald ? Toutes et tous ont en commun leur engagement, direct ou indirect, pour la France.

À travers l’exposition « Portraits de France », vous cheminerez parmi les itinéraires de vies atypiques de 29 femmes et de 29 hommes qui ont participé à notre récit national. Méconnues, célèbres ou oubliées, ces personnalités incarnent la diversité française.

Sous les traits de l’illustrateur Jacques Floret, ces visages vous emmèneront sur les traces d’événements, de temps forts économiques, politiques, sociaux et culturels qui nous sont familiers."

Nina Ricci (Styliste de mode)

https://www.museedelhomme.fr/fr/programme/expositions-galerie-lhomme/portraits-france-autre-histoire-france-4306

 


Je profite de cette news pour remettre en ligne une interview de Jacques Floret que j’avais réalisé en septembre 2014 et mi en ligne sur foutraque.com. A cette époque, qui remonte à 7 ans, Jacques Floret venait d’exposer à la Galerie agnès B, une série de dessins réalisés avec le Bic 4 couleurs représentant des jeunes filles en train de poser avec un chien dans les bras. Ces dessins ont été publiés dans le livre Rachel & Rocco (Éditions Dilecta).


L’artiste Jacques Floret est obsédé par le Bic 4 couleurs. Il l’utilise, tel un psychopathe pour créer des séries de tableaux qui représentent des filles qui posent avec un chien ou d’autres avec un ballon rouge. Mais il dessine aussi des voitures, des footballeurs, des mères de famille, des fleurs. Comme le méticuleux qui va assembler un puzzle de 1000 pièces, notre artiste est précis dans son travail. Il griffonne jusqu’à l’usure sur du papier avec seulement son stylo 4 couleurs. Le résultat donne un canevas coloré des plus étonnant, car après son passage il n’y pas plus un seul espace blanc. Toute la feuille est recouverte par son encre.
Ses dessins ont été exposés dans de nombreuses galeries, notamment à la galerie du jour agnès b. Ils sont souvent réunis dans des livres à petits tirages.
Jacques Floret dessine aussi pour la presse (Les Inrocks, Le Monde, Tecknikart, XXI…) pour illustrer interviews et articles. Là, son trait est plus humoristique, plus épuré, proche de la ligne claire belge. Il y a juste une ligne noire ou bleue foncée pour faire le contour, et parfois de la couleur en aplat. Entre 10 projets sur le feu, cet amoureux du crayon répond à nos questions.


Tout petit, tu aimais déjà dessiner ?
Ouais, comme tous les enfants, j’aimais dessiner. Mais j’aimais aussi regarder la télévision, me déguiser en robot, manger de la pizza le mercredi …

Tu as fait des études d’art. Qu’en as-tu retiré pour ton travail personnel ?
Les beaux-arts, c’était une période amusante. Ce n’était pas la Californie mais j’étais un peu comme en vacances chez une tante de province. L’école m’offrait le cadre le plus favorable, le lieu le plus adapté à mon envie de ne pas faire grand-chose. A l’époque, avec quelques autres, on avait pour principale ambition de rater notre vie, de ne parvenir à rien. Oui, je sais, à bien y réfléchir aujourd’hui, c’était finalement trèèès ambitieux de notre part. Mais c’était un temps où l’histoire des avant-gardes nous échauffait bien la tête. Finalement le peu de choses que j’ai fini par réaliser en ces années, je les ai ensuite très vite jetées aux orties. Et ça, non sans un certain plaisir. J’ai fait de la place. Ce que tu fais peut vite devenir encombrant. Oui, faut savoir jeter l’échelle après y être monté, comme a déjà dit l’autre.

 

Couverture du livre "alf-moi partout" (galerie du jour agnès B)


Tes parents t’ont encouragé à suivre cette voie artistique ?
Mes parents ont disparu lors d’une croisière en mer. J’avais sept ans.

Une partie de tes dessins sont réalisés avec le stylo à bille, notamment le Bic 4 couleurs. Pourquoi ce choix ?
Ce choix est euh, une solution. L’élégance d’une expérience tient à sa clarté et à sa simplicité, n’est-ce pas ? Et le Bic 4 couleurs est un outil parfait. Il est déjà là, sur ma table ou dans la trousse de ma voisine. Pas besoin d’aller très loin pour le trouver. Et puis, il me restreint. Il a déjà un nombre déterminé de couleurs. Et je me fixe comme règle de n’utiliser que celles-ci. Ensuite, je choisis un papier qui a lui-même un format prédéterminé. J’ai un certain goût pour le format A4. Je me conforme à ce que le monde me propose.



Sans dévoiler tous tes secrets, quelle est ta méthode de travail ?
Je n’ai aucun secret. Je n’ai rien à cacher. Je ne fais pas du tout de la magie. Je n’ai aucun lapin dans mon chapeau. Pas de truc dans mes manches. Pas de malle à double fond. Rien. L’exécution de ces dessins doit se faire d’une manière simple, évidente, sans faire appel à une technique particulière. Si tu avais un peu temps et pas mal de patience, tu pourrais réaliser des dessins similaires aux miens. Il suffit de les regarder pour en comprendre la méthode. Dans bien des cas, je choisis une photo que je décalque avec application. Et ensuite, je colorie jusqu’à ce que ma feuille soit entièrement recouverte d’encre. Et puis là, eh bien, j’ai terminé. Si l’image obtenue est suffisamment lisible, je considère mon dessin comme réussi. Et je passe au suivant. Ce qu’il faut, c’est du temps, car tandis que je termine un simple dessin A4, d’autres ont déjà fait cinquante photos, un film et trois peintures. J’aime cette sensation que je gaspille mon temps, de ne pas être souvent très efficace. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Je sacrifie toute mon énergie à la fabrique de peu d’images. Alors que bon, si ma manière de faire était moins contraignante, je pourrais sortir plus souvent de chez moi pour aller jouer au tennis ou p’t’être manger une glace.

Le silence est-il important pour toi ?
Lorsque je dessine, bof. Mais oui, le silence est quelque chose d’important. C’est comme l’autre jour au resto, j’avais invité une étudiante en philo au restaurant. Et entre la poire et le fromage, elle était déjà un peu ivre, elle me cite un mort. Elle me cite Herbert Marcuse. Ouais, HERBERT MARCUSE. Elle me dit : « L’agression organisée s’accompagne toujours de bruit. C’est le calme qui permet au sens de percevoir, de contempler tout ce qui est réprimé dans le business et le divertissement de tous les jours, c’est le calme qui nous permet de voir, d’entendre et de sentir ce que nous sommes et ce que sont les choses ». Je pense que c’est une chouette réponse à ta question, non ?


Tu préfères travailler dans la précipitation, ou tu préfères avoir le temps devant toi ?
Peu importe. Je fais en fonction du temps qu’on me donne. Je ne dessine souvent que si on me le demande. J’ai donc une date butoir que ce soit pour une expo ou pour illustrer un article de magazine. Après, faut juste que je m’organise un peu.

Quand tu es sur un projet, est-ce que tu es détendu, ou bien il ne faut pas s’approcher de toi, car tu mords à pleine dents ?
Je mords. Ma femme et mon chien peuvent te le confirmer.

Tu fais à la fois de l’illustration pour des magazines et des dessins qui sont en vente dans les galeries. Tu abordes de la même façon tes sujets, selon que le dessin soit pour un magazine ou pour être exposé ?
Évidemment, non. À l’origine d’une expo : la taille d’un mur, la configuration des salles, l’âge du galeriste. Pour une expo, c’est simple, il y a un spectateur qui est là, il est venu avec son corps et celui-ci se déplace par-ci par-là. Bien obligé d’en tenir compte. Et quelquefois, celui-ci veut acheter ce qu’il regarde. Et ça, bien obligé aussi d’en tenir compte. Quand je dois illustrer un article, je préfère utiliser un style ligne claire avec un soupçon de maladresse. Mais rien de bien singulier ni dans la forme ni dans le traité, juste un truc simple qui me permette de me focaliser sur la juste distance à trouver entre l’image et le texte. Et qui permette ensuite au lecteur d’éprouver cette distance.


Le nu féminin est souvent représenté dans tes dessins. C’est le sujet qui t’inspire le plus ?
Aucun thème ne m’inspire spécialement. L’inspiration, ce n’est pas vraiment quelque chose auquel je me fie. Tout peut être le sujet d’un de mes dessins. Une voiture, un bus, un cactus, un triangle-rectangle, un moustique, mon voisin du troisième, l’amour, la vente par correspondance, le feu aux rideaux. Mais tu as tout de même raison, je dessine pas mal de filles, et souvent elles ne sont pas spécialement habillées. Il faut préciser que la plupart du temps, j’utilise des images ordinaires, celles qui nous entourent au quotidien, celles qui traînent sur le net. Celles qui abreuvent notre soif de spectateur lascif. Et le nu féminin est abondamment utilisé pour nous vendre des trucs et des machins. Et puis aussi, il est partout dans les livres d’histoire de l’art que je feuillette de temps à autre. Et comme je suis quelqu’un de très influençable…

Tu peux en quelques mots nous retracer les thèmes que tu as abordés dans tes expos ? Et pourquoi ces choix ? Quels ont été les déclics pour trouver ses thèmes ?
Écoute, en quelques mots, c’est vraiment difficile. Oui, c’est très difficile. Disons que les thèmes découlent des expos. Oui, pour faire bref, l’exposition fait le larron. Je dessine des trucs simples, des trucs de tous les jours. J’essaye de faire une grande chose avec rien. C’est ça le truc. Faut juste que ce soit exposé dans le bon endroit, au bon moment. Des voitures rouges dans un ancien garage. Des clowns à la gouache dans une roulotte stationnée à côté d’un cirque. Des fleurs dans une galerie qui présente du mobilier des années 50-60. Des visages déformés dans l’ancien appartement de Picasso, rue de la Boétie à Paris. Et puis quand une image plaît, je la répète à l’identique, comme ce skateur que j’ai dessiné cinquante fois pour l’expo DO NOT THINK. Ou alors, pour le livre RACHEL & ROSCO, je n’ai dessiné que des couples femme/chien. J’en ai dessiné beaucoup. Jusqu’à l’épuisement. C’était un peu bizarre. 


Tu as des goûts très variés. Pourtant, on ne trouve pas de clins d’œil, de références de tes goûts personnels dans tes dessins. Pourquoi ?
Je n’aime pas beaucoup les clins d’œil. Un clin d’œil est destiné à n’être compris par un groupe restreint d’initiés. Je ne cherche pas créer un club. Je cherche au contraire à créer des images susceptibles de plaire à mon concierge aussi bien qu’à l’homme évolué, comme dirait tonton Picabia. Voilà tout.

Quand on te connaît, on sait que tu es un bon vivant. Justement dans tes dessins, l’humour est souvent présent. Qu’est-ce qui te fait rire ?
Sans hésitation, les burlesques du cinéma muet, y’a pas mieux. Les corps qui gesticulent dans le noir. C’est comme de voir des morts qui se foutent de ta gueule, qui te singent. Ouais, y’a pas mieux. Je crois que les morts sont à tout jamais plus drôles que les vivants.

Et qu’est ce qui ne te fait pas rire, et plutôt pleurer ?
Ben, les coups, les gifles, les morsures. Les mélos aussi.

En France, tu ne fais partie d’aucune bande. Tu es un électron libre. Malgré tout, tu te sens proche de quels artistes français et étranger ?
Oh oh oh, c’est amusant de me qualifier d’électron libre. Je trouve ça vraiment flatteur. Je ne sais pas si je mérite un tel compliment. Des artistes dont je sens proche ? Eh bien oui, y’en a quelques-uns. Y’en a beaucoup même. J’aime bien Carlos Kusnir, par exemple. Je trouve qu’il est formidable. J’aime beaucoup son catalogue à la couverture orange des années 9O. Certaines des photos qui présentent ses peintures sont floues, c’est vraiment bien. Et puis il y a des poules, des balais. Que demander de plus, hein ?


Exclusivité blog Paskal Larsen : Des esquisses de vacance réalisé par Jacques Floret avant l’œuvre finale sur papier A4 à joli grammage et relié avec soin.



Jacques Floret est fan du groupe The Fall. Cette vidéo du morceau Wings (1983) avec le décor d’un papier peint digne du 3 pièces de tata Denis ne devrait pas le laisser indifférent, tout comme vous cher lecteur !


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