samedi 8 mai 2021

KIRA SKOV "Spirit Tree" (Stunt Records/UVM Distribution) – 14 mai 2021


 

Le 28 avril dernier, Anita Lane a quitté notre sol terrestre. A l’écoute du nouvel et magnifique album de Kira Skov (ex Kira and the Kindred Spirits, The Ghost Riders), on ne peut s’empêcher de penser à la belle Anita Lane, notamment sur le morceau In The End, où Kira Skov est accompagnée au chant par Steen Jørgensen, soit un duo dans l’esprit d’Anita avec Mick Harvey ou Nick Cave.

Le titre de l’album, Spirit Tree colle comme un gant en latex sur la peau, au climat sonore, à l’ambiance des 14 compositions de la danoise Kira Skov, taillées dans l’écorce du vieil arbre généalogique encore solide, malgré l’usure du temps. Kira Skov, nous propose un album admirable (20 ans de carrière donne une certaine assurance) avec en prime des invites de luxe pour l’accompagner à la voix. Steen Jørgensen, mais aussi Bonnie "Price" Billy, John Parish, Mark Lanegan, Jenny Wilson, Bill Callahan, Lionel des Limiñanas, Mette Lindberg, Marie Fisker, Stine Grøn. Oui c’est un joli casting, pour un album de haute volé du point de vue émotionnel, car l'amour est très présent au long des textes. La magie est d’autant plus miraculeuse, quand on sait que l’enregistrement des duos a été réalisé à distance à cause de ses confinements à répétition, lié à la pandémie mondiale. Heureusement que ce « fuck…g » virus a attendu l’époque d’Internet pour se répandre, laissant ainsi une petite porte aux artistes du monde de pouvoir communiquer à distance entre eux. Spirit Tree est le bon exemple d’une belle naissance harmonieuse, malgré notre époque compliqué dans la liaison entre les hommes et les femmes.


 

« Je suis tellement heureuse que tout le monde ait bien voulu participer au projet. L’album est né d’un véritable échange musical : Les bandes son ont toutes été enregistrées à Copenhague, j’ai adressé les chansons aux uns et aux autres sous forme de fichiers audio et chacun y a ajouté sa voix au fur et à mesure. » (Propos de Kira Skov, extrait du dossier de presse). A noter que le morceau We Won't Go Quetly a été enregistrée avec un seul micro dans une petit maison où Kira a fini par écrire une grande partie des morceaux.

 


Coté voix, on est gâté, coté musiciens également. Dans chaque morceau il y a de nombreux instrumentistes, dont une partie qui ont déjà travaillée avec Kira pour ses précédents albums. Il y a notamment l'album The Cabin Projet (2014) réalisé en duo avec la  chanteuse Marie Fisker. Violon, piano, mellotron, trombone, complètent les guitares, basse, batterie et percussions, pour donner du volume et de l’espace aux compositions de Kira Skov. A noter la présence de Lenny Lane (ex guitariste de Patti Smith Group devenu guitariste de Patti Smith en solo) sur le morceau Theme for Lenny pour un spoken word qui clôture l'album.


 

Comme pour un film pastoral, avec plusieurs histoires qui se croisent, ici le lien entre les 14 histoires/chansons est évidemment Kira Skov (composition-texte/musique- chant et guitare), qui mène la balade boisée à l’ombre des arbres, avec charisme, émotion et sensibilité. Dans l’esprit musical, on pense à Marissa Nadler, Kate Bush, Espers, Six Organs Of Admittance, Nick Cave, Howe Gelb. A noter que le morceau Dusty Kate est un bel hommage à Dusty Springfield et à Kate Bush (dont la voix de Mette Lindberg est si proche), et le morceau We Wont't Go Quietly, en duo avec Bonnie "Prince" Billy évoque le "meurtre" de George Floyd qui a remué l'Amérique et le monde en 2020.

Pour rendre encore la chose plus belle, le CD format livre de poche cartonné, contient 16 pages avec les textes, crédits avec des illustrations poétiques de Mette Geisler. Ici le format physique de la musique est indispensable pour communiquer entièrement avec l’artiste, notamment pour la GRANDE artiste Kira Skov qui nous offre ici un très beau cadeau universel et humain.

Photo @ Jasper Carlberg 

https://kiramusic.com/

https://www.facebook.com/kiraskovofficial/?ref=page_internal




vendredi 7 mai 2021

SQUID "Bright Green Field" (Warp Records) – 7 mai 2021


Cela fait une éternité que je n’ai pas achetée d’album publié par le label Warp Records. De la deuxième moitié des années 90 aux années 2000, il n’y avait pas un mois, où un de leurs artistes entraient dans mon salon : Aphex Twin, Autechre, LFO, Squarepusher, Plaid, Broadcast, Seefeel, Boads Of Canada, Battle…Ainsi en ce joli mois de mai 2021, j’achète la référence LP314 du jeune groupe anglais de Brighton Squid. Pas étonnant qu’il se retrouve sur Warp, vu le style musical hybride du groupe. Pour ce premier album titré Bright Green Field, enregistré en 2020 avec le producteur Dan Carrey (Fontaines D.C., Black Midi, Kate Tempest, Goat Girl, TOY), Squid nous propose avec ses 11 morceaux (sur 4 faces pour la version vinyle couleur vert), 54 minutes et 46 secondes de musiques éclatés qui mélangent dans la bonne humeur, post punk, post rock, math rock, no-wave, funk blanc, krautrock et free en roue libre. La durée des morceaux varie entre 40 secondes et huit minutes. La voix du chanteur et batteur Ollie Judge est étonnante. Il a un accent bien anglais, il alterner chant, cri, murmure, jusqu’à épuisement. Dans certain morceaux il y a l’apport du trombone, saxophone, trompette, violon. Bon esprit ! Quelque part, c’est un joyeux bordel où serait réuni, James Chance & The Contorsions, Liquid Liquid, Tortoise, The Fall, Shellac, LCD Soundsystem. Comme l’album secoue pas mal, il est conseillé de l’écouter tranquillou par dose d’une face, une pose de 10 minutes, l’autre face et ainsi de suite. De parts leur style qui alterne excitation et repos,  Squid est surement une belle expérience en concert. Justement une date est prévue le 9 octobre 2021 au Trabendo à Paris.


https://squiduk.bandcamp.com/album/bright-green-field

https://www.facebook.com/squiduk/


"ECRITS CINEMATOGRAPHIQUES (TOME 1)" de Roland Lacourbe (Semper Cinéma) – 6 mai 2021


 

Ce livre est une sélection de publications écrites entre 1968 et 1978 par Roland Lacourbe pour les revues Cinéma, Télé-Ciné et Ecran. Le livre est composé de critiques, de notes critiques, fiches filmographiques, nécrologies et articles divers. Les films sélectionnés sont en grande partie issus du cinéma de quartier, bis, de genre. Mais le cinéma traditionnel, films réalisés par des grands réalisateurs à l’affiche des grandes salles avec une distribution nationale sont également présents. Juste quelque titres : La Prisonnière, L’ile du Docteur Moreau, Them, Dracula et les femmes, La nuit des Morts vivants, L’Horrible Cas du docteur X, Le Train des épouvantes, Le Cerveau, L’or se barre, 2001 l’odyssée de l’espace.


Roland Lacourbe travaillait à cette époque comme assistant à l’O.R.T.F. puis à partir de 1976 comme ingénieur du son sur Antenne 2. Grace à son métier dans le monde de l’audiovisuel, Roland Lacourbe a pu rencontrer de nombreuses « stars » du cinéma, comme John Boormann, Robert Mitchum, Klaus Kinski, Michael Powell, Kirk Douglas, Robert Wise. Ainsi dans son temps libre, il était critique de cinéma. Dans la préface du livre, Roland Lacourbe raconte les raisons qui l’on poussé à quitter son habit de « critique ». La première est suite à la projection privée au Club 13 du film Marathon Man de John Schlesinger. Les 30 critiques présents, ont appréciés ce film captivant, mais le lendemain Roland Lacourbe a été surprit des papiers négatifs, alors que les réactions pendant la séance du film étaient positives. L’auteur s’est rendu compte de l’hypocrisie des critiques, de la justification du rôle de « critique de cinéma ». La seconde est qu’il est impossible d’évaluer un film à partir d’une seule séance de projection. Il faut un certain recul pour avoir un avis fiable, qui ne soit pas lié à la mode du moment. L’âge joue aussi un rôle. Découvrir un film à 20 ans ou à 40 ans, ce donnera pas obligatoirement la même vision.

 

Ceci étant dit, cela ne l’a pas empêché de rassembler ses chroniques de films, écrits, dont certaines ont été écrites et publiés il y a 53 ans. Pour le lecteur, c’est une bonne idée, car ses textes n’ont pas pris une seule ride, et pour le cinéphile, on y apprend beaucoup de choses, même si par moment son jugement impartial, peut déranger, voir faire sourire. Exemple au sujet du film Le Cerveau de Gérard Oury : « (…) le dernier film de Gérard Oury est en regard de l’art cinématographique l’équivalent d’un film publicitaire élevé à la dimension d’un long métrage. Produit vanté : la civilisation, la gloire, la débrouillardise et l’industrie française. » Mais comme la mine d’infos domine ses états d’âme, ce Tome 1 de ses écrits se lit avec attention. De plus, le livre est richement illustré d’affiches et photos d’exploitations en N&B et aux couleurs chatoyantes. Attention ce livre est édité par un petit éditeur plus proche de l’underground que du maintream. Il n’y a même pas de lien sur Internet. Pour le trouver, il faudra vous diriger vers des boutiques spécialisées tenus par des passionnés du cinéma de genre, comme Métaluna Store et Hors - Circuits à Paris. Chez le même éditeur, Roland Lacourbe vient également de publier un livre consacré à Lon Chaney, titré Les mille visages de Lon Chaney.      


https://metalunastore.fr/

https://www.horscircuits.com/