mercredi 24 août 2022

"MORT SUSPECTE D’UNE MINEURE" de Sergio Martino (Le Chat qui fume) – Août 2022 - LUCIANO MICHELINI "Morte Sospetta Di Una Minorenne" (Four Flies Records) – 12 juin 2020


Le chat qui fume vient de publier le Blu-ray (1) du film Mort suspecte d’une mineure (Morte sospetta di una minorenne en VO) réalisé en 1975 par Sergio Martino. Après avoir réalisé L’étrange vice de madame Wardh (avec la plantureuse Edwige Fenech), La Queue du scorpion (avec Anita Edberg qui venait de tourner dans Le Venin de la peur de Lucio Fulci), Torso (avec Suzy Kendall, découverte avec L’Oiseau de plumage de cristal de Dario Argento), Sergio Martino dans la filmographie du Giallo a prouvé qu’il fait partie des réalisateurs italiens les plus importants. Histoire de ne pas se répéter avec les codes du genre giallo (lame tranchante, main ganté, fille assassinée par un psychopathe), Sergio Martino décide avec son nouveau film Mort suspecte d’une mineure (apparemment sortie en salle française sous le titre A en crever) de mélanger avec le giallo, le style poliziottesco (très en vogue en Italie en 1975, les années de plomb avec notamment les films de Fernando Di Leo) et la comédie burlesque. La comédie dans le giallo n’est pas forcément une bonne idée, car après un meurtre sanglant, voire deux acteurs faire les débiles, simplets, ici Gianfranco Barra dans le rôle du policier beta Teti et Adolfo Caruso (Gianino) avec ses grimaces et yeux en orbite, il est difficile d’être sous la tension d’un organisme qui fait du trafic de prostitution. Autre point négatif, le personnage principal interprété par Claudio Cassinelli. Il n’est pas assez convaincant, il n’a pas la classe d’un Franco Nero, du moins pour le genre poliziottesco teinté de giallo. Par contre Sergio Martino a du beaucoup l’apprécier, car par la suite ils vont à plusieurs reprises travailler ensemble : La Montagne du dieu cannibale avec Usula Andress (1978), Le grand Alligator (1979), Le Continent des hommes-poissons avec Barbara Bach (1979), Crime au cimetière étrusque (1982) et Atomic Cyborg (1986). Mais là, sur le tournage de ce film post-nuke d’excellente qualité, Claudio Cassinelli se tue en hélicoptère en passant en dessous du Navajo Bridge (à Page en Arizona) à la suite d’une erreur du pilote. Il n’avait que 46 ans.


Le film Mort suspecte d’une mineure mérite malgré tout d’être regardé, car Sergio Martino en tant que bon artisan qui a de la bouteille, a réalisé 2-3 scènes d’anthologie qui méritent notre attention. Une belle et longue course poursuite de voitures avec une Citroën Dyane du meilleur effet et surtout une belle scène dans une fête foraine avec montagne russe et grand huit. On imagine que sur un grand écran, cette scène prend tout son envol avec vertige en cadeau pour le spectateur confortablement installé dans son fauteuil. Évidemment toutes les scènes de meurtres sont filmées avec brio. Le tueur psychopathe avec ses lunettes opaques et brillantes est bien flippant. Il est digne du personnage Minos (Adalberto Maria Merli) dans le film Peur sur la ville avec Jean-Paul Belmondo. Autre point positif du film, c’est la B.O. composée par Luciano Michelini.


Pour l’amateur du style musical à la Goblin, notamment pour la B.O. du film Profondo Rosso de Dario Argento, la partition que Luciano Michelini a réalisé pour Morte sospetta di una minorenne est une bénédiction. En juin 2020, le label italien Four Flies l’a publié en vinyle. Les 12 morceaux, remastérisés à partir des archives du label italien CAM, sont magnifiques, rien à jeter, même les quatre variantes du thème Death Warning jouées sur un orgue d'église (ce qui fait le rapprochement avec Profondo Rosso, car c'est apparemment le même instrument qui est utilisé pour ces deux films) ne sont pas redondant, ils ont leur propre couleur sonore. En 12 thèmes (25 sur la version CD publiée en 2016 par Digitmovies), Luciano Michelini  synthétise le style B.O. pour un film de genre italien. Des sons de synthétiseur bien 70 pour le giallo, du groove funky avec le riff d’une guitare, le tempo d’une basse pour les courses poursuites de voitures, un peu de mélancolie jouée au violon, donnant une couleur easy listening, quelque note pop pour les instants humoristiques, on ne s’ennuie pas un seul moment à l’écoute des 32 minutes du disque vinyle.


De 1964 à 1982, Luciano Michelini a travaillé comme pianiste et chef d'orchestre pour le label RCA. Pour le cinéma, il n’a seulement composé qu’une dizaine de B.O. de films, dont L'emprise des sens de Guiliamo Carnimio avec Edwidge Fenech et Richard Conte, Le Continent des hommes-poissons de Sergio Martino. Il a beaucoup composé, été chef d’orchestre pour la télévision italienne. Mais ici en France son travail n’est pas connu. A noter que son fils Lorenzo a suivi les traces de son père, il a étudié au Conservatoire Sainte Cécile de Rome, où son père Luciano a enseigné pendant plus de 50 ans. En 2000, un changement important va venir secouer la vie romaine de Luciano Michelini. Larry David créateur et acteur de la série américaine Larry et son nombril (Curb Your Enthusiasm en VO) va utiliser pour le générique de la série, le morceau Frolic (suite à l’achat du morceau par la chaine HBO qui diffuse la série) qui a été composé en 1974 par Luciano Michelini pour la B.O. du film La Bellissima estate (inédit en France) de… Sergio Martino. Cette vente à HBO a dut mettre du beurre dans les spaghettis ! Ainsi à partir de 2000, ce morceau circule activement sur la toile du net, jusqu’à d’inspirer des vidéos parodiques. Par contre, pour la B.O. de Morte sospetta di una minorenne, on ne trouve heureusement pas le style comique de Frolic. Non, comme je l’écris plus haut, musique de ce film est dans le style rock progressif, teintée de groove urbain dans l'esprit du groupe italien Goblin.


(1) : Le Blu-ray de Mort suspecte d’une mineure n’est en vente que sur le site internet du Chat qui fume. A noter en bonus une interview de 47 minutes avec Sergio Martino.  A 84 ans, il est encore en forme (malgré la perte de sa femme qui lui manque) et donne beaucoup d'informations sur son travail de réalisateur. Notamment pour les scènes de cascades, qui étaient parfois faites avec l'inconscience, la jeunesse de l'époque. https://www.lechatquifume.com/collections/bluray/products/mort-suspecte-dune-mineure

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https://www.fourfliesrecords.com/product/morte-sospetta-di-una-minorenne/




mardi 23 août 2022

ROCK & FOLK n° 661 avec Blondie - Septembre 2022


Yes, Blondie avec l’icône Debbie Harry au centre du groupe en couverture de Rock & Folk, difficile d’y résister, surtout quand on a découverts leurs tubes Heart Of Glass (1978) et Atomic (1979) à leurs sorties et acheté les numéros 164 (septembre 1980) et 176 (septembre 1981). D’ailleurs aux anniversaires des cinquantenaires, impossible d’échapper à ses tubes intemporelles qui font toujours leurs effets sur la piste de danse.

Blondie se retrouve en couverture de ce numéro pour la sortie du coffret Against The Odds 1974-1982 qui contient l’intégral des 6 albums studios et de nombreux inédit (démos, live, …). Ainsi 10 pages sont consacrés à Blondie avec une interview exclusive de Debbie Harry (77 ans) et Chris Stein (72 ans), cela ne se refuse pas. Bon, soyons claire, après la lecture de l’article, c’est plutôt la déception. Le sujet central du papier n’est que sur le sex-appeal de Debbie Harry, de l’image de Blondie avec une fille et trois garçons, soit la place d’une fille dans le milieu rock des années 70, début 80. Certes l’image qu’a véhiculée Blondie est très importante, mais la musique l’est encore plus. A part éventuellement leur dernier album The Hunter (1982) avec cette pochette kitch 80, les cinq autres albums sont des réussites, notamment Autoamerican (1980) et sa magnifique pochette, qui fut avec le tube Rapture (dont on voit dans le clip Jean-Michel Basquiat aux platines et Futura 2000 au graff), la première incursion d’un artiste blanc dans la culture rap, hip-hop.  


Blondie étant un groupe new-yorkais, difficile pour eux d’échapper à la culture hip hop qui prend son origine dans le quartier du Bronx. Quant au coffret, qui existe en trois versions selon votre budget : 12 ou 4 vinyles, 8 ou 3 CD,  le journaliste Thomas E. Florin n’est pas plus emballé que ça, sauf pour le disque Home Tape qui ne contient que des inédits. Peut être que Universal, près de ses sous (plus c'est gros, plus c'est gourmand) n’a filé à R&F que les MP3 avec le PDF explicatif et rien de physique.


Les six pages consacrés à The Liminanas sont plus intéressantes, car Lionel Liminana revient sur le parcourt du groupe, à l’occasion de la publication du Best Of Electrified avec sa pochette qui rend hommage à celle de Boom des Sonics (1966). Mine de rien, en 13 ans The Liminanas a été très productif avec sept albums studio (dont un avec Pascal Comelade et le dernier avec Laurent Garnier), deux compiles de raretés, trois B.O. de films, pas mal pour un duo de garage rock.

Au sommaire au trouve la présence d’un groupe bien loin de l’image qu’on se fait de R&F, avec en plus un bel article, il s'agit du groupe gothique Christian Death, et plus particulièrement ici la période Ross Williams. En 661 (il aurait dut attendre 666) numéros de R&F, je me demande si avant cet article, il y a eu une ligne sur Christian Death. Bref mieux "mollard" que jamais, le groupe mené depuis 1984 par Valor (pour rappel Ross Williams qui a créé le groupe en 1979, n’a fait que le premier album Only Theater Of Pain -1983-, vénéré par les fans du groupe) à ici cinq pages imprimés sur fond noir, normal quand on est gothique. Dans l’article, il y a une belle interview de Yann Farey du label Invitation au Suicide qui a publié quatre albums du groupe dans un bel emballage personnalisé avec livret de textes, poèmes, littérature. A noter que Thierry Boucanier qui a publié des livres chez Camion Blanc (Virgin Prunes, Histoire sur le Goth et la musique batcave qui trouve son origine avec le nom d’une soirée The Batcave dans une boite à Londres) est dans les remerciements de l’auteur du papier Alexandre Breton.

Au sommaire du numéro il y a également Julian Lennon dans la rubrique Mes disques à moi. Dans sa sélection on trouve l’album de Visage (il a bien connu Steve Strange) et The Cult. Et pêle-mêle : un hommage à Dani par Olivier Cachin qui reviens sur sa belle carrière, Naima Bock, Ezra Furman, The Felice Brothers (six pages !), Pulp, la vie en rock de Patrick Eudeline, qui regrette tant les années 60, donc cette fois ci pour changer, un papier sur la surf music. Il devrait juste s'occuper de la résurrection (ratée) du zombie Best qui essais de vivre sur son passé. Pour dire que R&F a changé (en bien), depuis plusieurs numéros le disque du mois sort des sentiers battu, la preuve, l’album Colder Streams des canadiens The Sadies a une note  4.5/5. Enfin n’oublions pas les chroniques pour dépenser nos tunes (disques, livres, cinéma, concerts) et le papier de Bertrand Burgalat qui est désert  qu’on savoure à chaque numéro, grâce à sa plume bien affutée.

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