lundi 22 août 2022

NUCLEUS & IAN CARR "Torrid Zone, The Vertigo Recordings 1970-1975" (Esoteric Recordings/Cherry Red Records) – 29 mars 2019

Une fois de plus la magie du disquaire a fait son travail. Lors d’un passage à Gibert Joseph Saint Michel à Paris, je vais saluer l’ami Benoit du rayon Jazz. En discutant, il est en train de regarder ce qu’il vient de recevoir pour mettre en rayon. Au-dessus de la pile de nouveautés-rééditions, il y a l’album Alley Cat de Nucleus avec une pochette graphique typé 70 qui tape bien à l’œil. L’ami Benoit me dit que ce groupe va me plaire. Je n’en ai jamais entendu parler, j’écoute quelques morceaux, c’est du jazz rock funk fusion avec une dominance jazz, mais les gimmick funky et notes prog cosmic ne sont pas en reste. Cela m’évoque les premiers albums (période 1970-1975) de Kool And The Gang et Earth, Wind and Fire, Donald Byrd and The Blackbyrds, Lonnie Liston Smith et Miles Davies période Betches Brew mais aussi John Coltrane, car chez Nucleus la trompette est à l’honneur. Allez hop, pour se faire la synthèse du meilleur de Nucleus et sachant que les vinyles originaux et les rééditions sont trop chère, j’achète le coffret Torrid Zone qui contient six CD (+ livret de 48 pages) pour un total de neuf albums édités sur le label Vertigo: Elastic Rock (1970), We’ll Talk About it Later (1971), Solar Flexus (1971), Belladonna de Ian Carr (1972), Labyrinth (1973), Roots (1973), Under The Sun (1974), Snakechips Etcetera (1975) et Alley Cat (1975).

 

Malgré les apparences, Nucleus n’est pas un groupe américain mais un groupe anglais qui s’est formé à Londres en 1969 autour du leader, trompettiste Ian Carr (1933-2009). Le groupe est alors composé de Karl Jenkins (saxophone, piano, hautbois), Brian Smith (saxophone, flûte), Jeff Clyne (basse), Chris Spedding (guitare), John Marshall (batterie) et Ian Carr (trompette, bugle). Dès le début, Nucleus a la bonne étoile, il remporte illico le premier prix au Festival de Jazz de Montreux. Le titre de leur premier album est Elactic Rock, j’aurais plutôt titré "Elastic Jazz", tant l’instrumentation cuivrée n’est ici pas vraiment rock, mais une touche psyché cosmic prog se fait déjà sentir. Sur l’album suivant We’ll Talk About it Later, cet aspect porté avec plus de groove va prendre effet, pour donner un son plus afro beat. On sent que la formation a beaucoup tourner, jouée ensemble, donnant aux nouvelles compos, encore plus de liberté (free) de styles et ainsi nous emporter vers des sommets de la transe sous la pulsion des cuivres. 

Malgré l’union entre les membres du groupe, qu’on ressent bien à travers leur musique, l’album Solar Flexus sort sous le nom de Ian Carr with The Nucleus. En fait cet album est une commande du British Art Council qu’Ian Carr avait sous le coude avant de former Nucleus. Il va donc mettre à contribution ses musiciens, complété par : Keinth Winter (synthétiseurs), Chris Karan (basse), Tony Roberts (saxophone, clarinette), Harry Beckett (trompette) et Kenny Wheeler (trompette), soit une formation de 12 musiciens. Cela fait du monde, et cela s’entend, pour le bonheur de nos oreilles. Solar Flexus sorti en 1971 commence avec le morceau/intro Element I & II qui nous met instantanément dans l’ambiance avec une touche électronique en plus avec l’utilisation des synthétiseurs. L’effet "cosmic trip" n’en sera que meilleur ! Le morceau Torso (c’est également le titre du giallo de Sergio Martino sorti en 1973) montre ici plus clairement l’approche funk du groupe, qui se renforcera au fil des albums suivants jusqu’à atteindre son point de non-retour avec le brillant Alley Cat sorti en 1975.


Avec tous ses départs, Belladonna -4ème album en deux 2 ans-, sort sous le nom de Ian Carr. Avec seulement Brian Smith rescapé de Nucleus, de nouveaux musiciens sont réunis autour de Ian Carr : Roy Babbington (basse), Dave MacRae (piano), Gordon Beck (piano), Trevor Tomkins (percussions), Alan Holdswork (guitare), Clive Tracker (batterie). L’album commence avec deux fresques de 13.40mns et 19.54mns, (soit une face A bien serrée avec ses 33.34mns !), Belladonna et Summer Rain. De par la durée des morceaux, autant dire que l’espace psyché prog et free rock sont à l’honneur. Ici, le voyage vers les étoiles est au programme des réjouissances. L’amateur de l’album Betches Brew de Miles Davies peut prolonger avec Belladonna son plaisir sonore, si possible sur une bonne chaine Hi-Fi stéréo. Cet album est plus psyché rock, plus électrique. Le jazz et le funk sont malgré tout de la partie, mais avec une dynamique rock sous l’emprise de la fumette.

Sur Labyrinth (1973), Ian Carr et Brian Smith retrouvent Keinth Winter, une partie de la précédente formation, Roy Babbington, Dave MacRae, Gordon Beck, Trevor Tomkins, des nouveaux musiciens Paddy Kingsland (Synthétiseurs), Tony Coe (saxophone, clarinette, flûte) et pour la première fois, l’apport vocale avec Norma Winstone. Malgré une fois de plus du changement -dans la continuité-, la musique de Nucleus reste au carrefour du jazz (la couleur dominante de l’album), du rock et du funk, certes encore une fois, plus discret, mais le groove cosmic est toujours présent. La pochette recto verso et intérieure de l’édition vinyle est magnifique. L’esprit pulp, comix réalisé par Keith Davis est une réussite totale et montre ce que l’on peut faire avec une pochette d’un disque 33 tours et son format 31x31cm.

Keith David va poursuivre son travail avec Nucleus sur l’album suivant Roots (même titre que l’album de Curtis Mayfield sorti en 1972), en exécutant une fois de plus une pochette pop qui tape bien à l’œil, avec un humour bien 70, où l’on voit un robot qui sert d’outil/machine à tricoter sous le regard d’un couple, dont la fille est confortablement installée sur un fauteuil. Sur cet album, les musiciens solo ont une fois de plus changés ainsi que la chanteuse, dont le rôle est ici tenu par Joy Yates. La magie du mixage des styles dans le broyeur du trompettiste, compositeur et chef d’orchestre Ian Carr est toujours lumineuse et fait une fois de plus des étincelles auditives pour l’amateur de jazz électrique, chahuté par le psychédélique et le prog lunaire.

A l’image de sa pochette pluvieuse, la musique d’Under The Sun (1974) est plus mélancolique, moins groove frontal que les précédents albums. Une forme de plénitude, parfois soutenue avec une flûte chantante, des cuivres aérées et posées donnent une couleur d’entre-deux, avant que cela n’explose. Ce sera parfois le cas, mais sans feu d’artifice. Cet album est relativement classique dans le style jazz-fusion. C’est le moins borderline, le plus sage. Oui on est dans entre-deux, mais Under The Sun reste très plaisant à écouter.

On est en 1975, la pochette recto verso de Snakechips Etecetera est prodigieuse. L’illustration réalisée par Michael Powell est chaud bouillant, funky au possible. La photo du verso où l’on voit une fille sexy entourée de bas en haut (ou l’inverse) des six musiciens de Nucleus est certes misogyne, mais tellement funky qu’on est obligé d’applaudir ! Cet entrée en matière n’est pas mensongère, dès l’ouverture de l’album avec Rat’s Bag, on entend bien du funk avec ses effets de guitares fuzz, wah-wah qui couinent, de cuivres à perdre pieds sur terre, bref Nucleus avec des membres des deux précédents albums et des nouveaux solistes est à fond les ballons dans le groove urbain qui envoie du lourd. Moins jazz, plus funk, une pochette racoleuse juste génial, avec l’âge Ian Carr et Nucleus deviennent plus canailles. On ne va pas s’en plaindre. D’autant que le 5ème morceau porte le titre de Pussyfoot (l’illustration de la pochette ?). Tout un programme mené par une flûte ensorcelée qui vient se frotter sur notre corps accueillant. A noter que sur les crédits de cet album, il y a le nom de Steve Lillywhite qui deviendra par la suite un producteur très demandé par la scène post punk new wave (Ultravox, Siouxsie and The Banshees, XTC, U2, The Psychedelic Furs…). Il poursuit sa collaboration avec Nucleus sur l’album suivant Alley Cat.


Enfin le dernier album du coffret avec Alley Cat qui poursuit avec encore plus d’aplomb la place du funk sur le jazz. A l’image de sa pochette dessinée par Lars Hokansen, cet album est une jungle urbaine à ciel ouvert où tout peut arriver. Les cinq morceaux de cet album pulsent comme le meilleur de Herbie Hancock. Sur Alley Cat, la formation est stabilisée, pas de changement de personnel. Le groupe est bien soudé pour le meilleur des compos qui sont ici au top du top, du moins pour l’amateur du jazz funk qui pulse sur le bitume. Les musiciens jouent comme des dieux. Si on voudrait juste faire une petite critique, c’est dommage qu’il n’y est pas une chanteuse soul toute griffes dehors, histoire de bien nous rendre zinzin.

Ian Carr va poursuivre avec diverse formations l’aventure Nucleus jusqu’en 1989, avec la publication de quatre albums et quelques collaborations et albums en solo. Après 1989, il y aura quelques reformations épisodiques de Nucleus pour des concerts. Avec sa disparition en 2009, Nucleus est définitivement fini.


https://www.cherryred.co.uk/product/nucleus-ian-carr-torrid-zone-the-vertigo-recordings-1970-1975-6cd-remastered-clamshell-box-set/

https://nucleusbanduk.bandcamp.com/

https://www.discogs.com/artist/184256-Nucleus-3








dimanche 21 août 2022

THE DARLING BUDS en concert à Londres le 8 octobre 2022


Le premier août j’ai eu une envie de réécouter The Primitives (1). En visitant leur page Facebook, j’apprends qu’ils ont donnés en Angleterre quelques concerts en 2022. Une bonne nouvelle n’arrivant pas seul, voici que dans le même style de groupe de pop sucré, le groupe gallois The Darling Buds se reforme pour un concert en Angleterre, le 8 octobre à Londres au 02 Islington Academy. A noter que cette date remplace celle du 17 décembre 2021 qui a été anulée. Entre 1986 et 1993, Darling Buds menée par la pétillante Andrea Lewis, qui nous évoque la belle Debbie Harry (Blondie), a publié trois albums et une quinzaine de singles et EP’s. En 2017, allez savoir pourquoi, The Darling Buds se remet en studio pour nous concocter Evergreen (c’est également le titre d’un album d’Echo & The Bunnymen publié en 1997), un joli EP quatre titres. Après la dissolution du groupe en 1993, -à cause du manque de succès et de leur déménagement à Los Angeles, la major Sony installé à Londres ne veut plus financer les enregistrements-, la chanteuse Andreas Lewis se lance avec son mari Jamie Jarvis dans le théâtre. Devenue Adreas Lewis Jarvis, avec son mari elle dirige leur propre école de théâtre appelée "CAST" (The Children’s Academy of Stage Training), basée à Cardiff. En 2010, Andreas seule membre du line-up original, reforme The Darling Buds pour un concert hommage dans leur Newport natal en mémoire de John Sicolo, le propriétaire de la salle de musique TJ qui est mort plus tôt dans l’année. En avril 2014, The Darling Buds refait un concert à Londres au Bordeline. De par le bon accueil, The Darling Buds joue ensuite en septembre 2014 au festival Indie Daze au Kentish Town Forum et deux dates au Lexington de Londres en avril 2015. Il est clair que la scène est dans l’ADN d’Adreas Lewis Jarvis, ainsi pas étonnant qu’en 2022, elle soit toujours sur scène pour le bonheur de son public. Espérons qu’elle aura un jour l’idée de venir faire quelques dates en France (la dernière remonte au 27 juin 1989 au New Morning à Paris), que la frontière du Brexit ne la fera pas reculer. Ce message marche aussi pour The Primitives.

(1): Ma petite envie de réécouter le tube Crash des Primitives ici : https://paskallarsen.blogspot.com/2022/08/the-primitives-crash-rcalazyrecords-15.html

https://www.facebook.com/TheDarlingBudsOfficial





MILKSHAKES! "Milk Box" (Damaged Goods Records) – 27 mai 2022


Le label Damaged Goods vient de publier un coffret 4 CD avec quatre albums du groupe The Milkshakes ! qui a réalisé neuf albums entre 1981 et 1987. Certes la musique garage rock primitif au son lo-fi, brut, esprit vidéo en noir et blanc d’un concert des Beatles où l’on entendrait plus les filles crier que la musique, trouve plus sa place sur le support vinyle, avec quelques craquements en cadeaux, mais à 25 euros les quatre albums, on ne va pas râler.


En 1980, après le split du groupe punk rock Pop Revets (trois singles, un album, un best-of entre 1979-1980), Billy Childish compose des nouveaux morceaux avec Mickey Hampshire, ex roadie des Pop Rivets et membre du groupe Mickey and the Mikshakes. En 1980, Billy Childish n’est pas encore le musicien prolifique, tant en solo qu’avec Thee Mighty Caesars, Thee Headcoats et futur pilier du label Damaged Goods créé en 1988 par Ian Damaged. Bruce Brand (ex Pop Revets) à la batterie et Mark Gilbert à la basse (plus tard remplacé par Russ Wilkins puis John Agnew), viennent compléter la paire Childish et Hampshire tout deux aux chants et aux guitares. Le premier album titré Talking’bout…Milkshakes ! sort en 1981, soit la même année que Psychedelic Jungle des Cramps, auquel le son garage crade, lo-fi et B.O. de films Z peut trouver un léger lien. Car à l’heure de la cold wave (Faith de The Cure) et de la new wave (Speak & Spell de Depeche Mode, Dare de The Human League), la musique de The Milkshakes ! est hors du temps pour l’année 1981 et plutôt tourné vers 1966 avec The Sonic, The Kinks,  The Remains, Link Wray et The Beatles pour les mélodies. Car derrière le son primitif des Milkshakes !, il y a des mélodies, des riffs dansants. En 1981, la bande à Billy ne joue pas du punk rock ! Dès ce premier album, on trouve le son garage rock lo-fi que Billy Childish va malaxer tout au long de sa carrière, sans oublier chez les Thee Headcotees, la version en féminin de Thee Headcoats. A noter que ce premier album est sorti sous l’entité Mickey & The Milkshakes et les albums suivants sous les noms The Milkshakes et Thee Milkshakes. Nos Milkshake ! ont également produit les albums et joués avec le trio féminin The Delmonas. Ce groupe au son sixties "girls group" est chaudement recommandé. A noter que Mickey Hampshire et Bruce Brand (en plus des nombreux groupes avec Childish) ont également joués dans le groupe The Masonics avec Ludella Black des Delmonas.


Les quatre albums sélectionnés pour ce box CD couleur "bleu-blanc-rouge" sont : Talking’bout…Milkshakes ! (1981), After Scool Sessions (1983), Thee Knights of Trashe (1984) et The Milkhakes’ Revenge ! (1987). Un livret de 12 pages avec des commentaires et de nombreuses illustrations complète le box. Par contre pas de morceaux inédits. Chaque CD respecte la durée de chaque album, soit à peine 30 minutes par disque.

Pour changer d’une pinte de bière au réveil, pourquoi pas un milk-shake ?


https://damagedgoods.co.uk/discography/the-milkshakes-milk-box/