lundi 29 août 2022

LALO SCHIFRIN "Music from the motion picture Bullitt" (Warner Bros/Speakers Corner records) – 6 octobre 2017


MES DISQUES A EMPORTER SUR UNE ILE DÉSERTE: Chronique n°27

Le film Bullitt réalisé en 1968 par Peter Yates est sorti en France sur les écrans de cinéma le 10 mars 1969. Comme de nombreux gamins des années 70, j’ai découverts ce film à la télévision, surement sur FR3, avec en guise de générique pour annoncer la séance de cinéma, les yeux des acteurs et actrices qui défilent sur la musique Les étoiles du cinéma de Francis Lai (1975). Bullitt est devenu un classique du cinéma américain, grâce à la performance de Steve McQueen qui joue le rôle du lieutenant Frank Bullitt avec une classe qui va marquer les sixties pour toujours. Son look (reprit régulièrement dans les pubs des marques de luxe) et sa voiture, une Ford Mustang GT Fastback de 1968 de couleur verte, sont entrées dans l’histoire de la pop culture, au même titre que la Ford Torino rouge de 1975 de la série Starsky et Hutch ou les voitures de la franchise James Bond l’agent 007.

Autre élément qui a rendu célèbre le film Bullitt, c’est la B.O. réalisée par le compositeur Argentin Lalo Schifrin. La scène de course poursuite dans les rues vallonnés de San Francisco est entré dans l’histoire de la mise en scène, d’autant que la musique est présente juste avant cette scène devenu culte, et absente pendant toute de poursuite des voitures, alors que dans la tête du spectateur, on a l’impression qu’elle est présente. Lalo Schifrin se plait à le raconter : "Le morceau Shifting Gears correspond à la séquence de la filature, mais pas à la course-poursuite qui lui succède et qui finit par le crash de la voiture noire dans la station-service. Selon moi, c’était inutile car il allait y avoir beaucoup d’effets sonores, des bruits concrets comme ceux des moteurs de la Mustang et de la Dodge. J’ai écrit la musique de la filature dans un tempo lent favorisant l’expression du suspense. La tension monte, monte… Quand Steve McQueen enclenche la vitesse, après s’être retrouvé derrière la voiture qu’il filait, la poursuite commence. C’est là que j’ai choisi d’interrompre la musique" (1). Ou encore mieux: "Il est courant que les gens me félicitent pour la musique qui accompagne la poursuite en voiture dans les rues de San Francisco. Je n’ai rien fait !". Choix judicieux de la part du compositeur, qui a réussi à imposer sa vision au réalisateur Peter Yates qui avait prévu une musique avec un orchestre.

J’ai découverts l’intégralité de B.O. de Bullitt sur un CD acheté dans les années 90. Mais j’ai redécouverts ce classique en 2017, lors de la réédition en vinyle sur le label allemand Spearkers Corner Records, spécialisé dans la réédition d’album de jazz en qualité de luxe. Leurs pressages vinyles est de haute qualité, ce qui permet d’entendre chaque son, chaque subtilité des compositions. C’est plaisant de savoir que cette B.O. fait aussi partie de la musique jazz. Il ne faut pas oublier qu’avant d’être compositeur de musiques de films, Lalo Schifrin, muni d’un bagage en musique classique, est un pianiste, compositeur de jazz qui a débuté à Paris dans les années 50 pour le label d’Eddy Barclay, puis RCA France, puis à partir de 1960, pianiste de Dizzy Gillespie, avec notamment l’album Gillespiana (1960) avec Candido aux congas, devenue un classique du jazz, avec une touche lounge et latino. Ambiance feutrée et film noir garantie !

La particularité de la B.O. de Bullitt est le mélange des styles en pleine harmonie, soit un mariage heureux entre le jazz, la musique bossa, la pop music, le funk, le tout avec des rythmes groove au velours sonore très soigné. Le morceau Hotel Daniels, dans l’esprit des compos sixties de Quincy Jones, est à ce titre une totale réussite. Ce titre pulse à chaud, à donner envie de partir en route pour profiter de la vie, bien loin du travail dans un bureau. Juste après, le morceau The Altermath of love est une pure douceur easy listening qui nous ramène au son velouté des sixties. Inutile de passer tous les morceaux en revue, tant l’enchainement des 12  morceaux est parfait et nous permet de passer d’une ambiance à une autre avec une facilité déroutante. Du point de vue instrumentation, cette partition est très riche, on est ici dans la forme orchestre qui rencontre un groupe pop, sous la lumière psychédélique d’un club de jazz. Les cuivres et cordes se marient à merveille, avec le rythme de la basse funky et de la flûte en liberté. Il n’est pas étonnant qu’avec une telle maitrise du tempo, que cette B.O. passe les décennies avec une facilité déconcertante et fait partie des meilleurs B.O. de films, tout style confondu.

Après avoir découverts le film Bullitt à la télévision, revu en DVD, j’ai enfin vu Bullitt au cinéma dans des conditions trois étoiles. Cela s’est passé le mercredi 9 novembre 2017 à Paris, à la Cinémathèque française, lors de la rétrospective Lalo Schifrin, un homme-orchestre. La projection de Bullitt s’est passée dans la grande salle, suivie d’un dialogue musical avec Lalo Schifrin, animé par Stéphane Lerouge et Bernard Benoliel. Bullitt sur grand écran, c’est quand même quelque chose. Avant cette belle soirée qui c'est achevé avec quelques morceaux célèbres du maestro au piano, Lalo Schifrin c’est prêté au rituel des dédicaces, notamment pour la sortie du coffret CD The Sound of Lalo Schifrin (Universal Music). Bon il est temps de sortir ma Ford Mustang de 1968... format jouet !

Séance de dédicaces à la librairie de La Cinémathèque le 9 novembre 2017 @ Véronique A.

Interview avec Stéphane Lerouge et Bernard Benoliel @ Véronique A.

Lalo Schifrin au piano à La Cinémathèque Française le 9 novembre 2017 @ Véronique A.


(1): Propos de Lalo Schifrin, page 98, extrait du livre Lalo Schifrin, entretiens avec Georges Michel aux éditions Rouge Profond (2005).

https://www.speakerscornerrecords.com/products/details/1777/lalo-schifrin-bullitt-ost?sort=release-date%7Cdesc&display=grid

https://www.cinematheque.fr/cycle/lalo-schifrin-352.html








dimanche 28 août 2022

THE LIMINANAS "Electrified" (Because Music) – 26 août 2022


The Limiñanas 2009-2022, états des lieux discographique : cinq albums studio (dont trois publiés sur des labels américains) et 14 singles, EP’s sous l’entité The Limiñanas, un album avec Pascal Comelade (2015), un album avec Laurent Garnier (2022), un EP avec Peter Hook (2016), un single avec Pascal Comelade (2017), un single avec  Étienne Daho (2019), un EP avec Golden Bud (2021), la B.O. du film Un bel été de Pierre Creton (2019), la B.O. du film The World We Knew de Matthew Benjamin Jones et Luke Skinner (2021). Sous le nom de Lionel Limiñanas avec David Menke,  la B.O. du documentaire pour Arte, The Ballad of Linda L. (consacré à Linda Lovelace, héroine de Gorge Profonde), la série Netflix The Devil Inside Me (Ces monstres en lui en VF) et enfin l’album Diabolique sous le nom de L’épée (2019) avec Anton Newcombe et Emmanuelle Seigner. Oui, en 13 ans le duo Marie et Lionel sous le nom The Limiñanas n’ont pas chômé, et vue l’énergie, le bon accueil des disques et concerts, il est clair qu’ils ont encore devant eux de belles années musicales à nous offrir.

Pochette de l’album "Boom" de The Sonics (1966)

Après avoir publié en 2015 la double compilation Down Underground (uniquement dispo en CD), les volumes (I've Got) Trouble In Mind: 7" And Rare Stuff 2009/2014 (2014) et Trouble In Mind: 7" And Rare Stuff 2015/2018 (2018), le label Because Music qui publie depuis 2015 les disques de The Limiñanas, propose avec Electrified une nouvelle compilation pour ceux qui ont pris le train en route. Electrified, avec sa belle pochette hommage à l’album culte Boom des Sonics (1966) existe en deux versions, double vinyle et triple vinyle orange limité. Pour ceux qui découvrent la musique des Limiñanas, la version double est une bonne mise en bouche, mais pour les fans complétistes, c’est évidemment la version limitée, notamment pour le 3ème vinyle qui contient en face E, cinq morceaux rares et en face F, cinq morceaux du groupe Les Bellas. En compléments, dans l’insert 4 pages, il y a les témoignages de sympathie d'Iggy Pop (The Stooges), Peter Hook (Joy Division, New Order) et Keith Streng (The Fleshtones), car il ne faut pas oublier que The Limiñanas, a comme Daft Punk, Serge Gainsbourg, Pierre Richard et Jean-Paul Belmondo une belle côte d’amour à l’étranger. A noter que la version double CD contient les 35 morceaux du triple vinyle.

Pochette de l’album "Belladelic" de Les Bellas (2010)

Les Bellas fait partie des nombreux groupes de Marie et Lionel avant de former The Limiñanas. The Bellas a publié un album et deux singles. La musique des Bellas est un mélange de garage rock et de sixties yéyé, quelque part entre les Swinging Mademoiselles/Femmes de Paris (Dani, Zouzou, Anna Karina, Annie Philippe…), les Lolitas (avec la regrettée Françoise Cactus), les groupes anglais stylés The Bristols (avec Fabienne Delsol), Thee Headcoates (avec Holly Golightly), sans oublier la pop à la April March et Lio avec le morceau Belladelic qui est un tube en puissance, à la Palladium de Liz Brady (1966), pour les booms entres adultes qui ont gardés une âme d’ado et la santé des 20 ans. Bref cette face F est d’une fraicheur pop garage sixties, juste irrésistible, mais qui va faire monter la côte de la mini discographie des Bellas, à moins d’une réédition des disques en vue ? A noter que le titre Electrified choisi pour la compilation est celui d’un morceau des Bellas publié en 2005 en single sur le label Profêt Record.

Pochette de l’EP "Istanbul Is Sleepy" réalisée par Thierry Guitard (2017)

Sur la face des raretés, il y a : USA Motorbike et Pulsing avec David Menke, non présents sur l’album en commun, La Musique avec le comédien et multi-instrumentiste Areski Belkacem, conjoint et trublion indiscipliné de Brigitte Fontaine, Les hommes et les ombres (publié sur la B.O. de The World We Knew) et Domino avec Golden Bug. La rareté qui ressort du lot est évidemment la rencontre entre The The Limiñanas et Areski Belkacem, -aujourd’hui âgé de 82 ans-, soit un peu le père avec ses enfants pour un titre qui se nomme La Musique, soit le lien culturel qui relie toutes les générations, en espérant que cette nouvelle compilation musicale aura ce pouvoir de faire venir les jeunes ados vers le rock garage, qui a moins d’influence que le rap et les musiques urbaines sur la jeunesse de 2022. Allez MUSIQUE !

Photo @ Olivier Mertzger

Chronique de l’album De Pelicula avec Laurent Garnier ici : https://paskallarsen.blogspot.com/2021/09/liminanas-garnier-de-pelicula-because.html

http://www.theliminanas.com/

https://www.facebook.com/theliminanas

https://theliminanas.bandcamp.com/