vendredi 30 juillet 2021

PHILIPPE SARDE "César et Rosalie" (Transversales Disques) – 12 juillet 2021


 

Publié en octobre 2017, la B.O. du film Les Choses de la Vie de Claude Sautet composé par Philippe Sarde en 1970 (dont c’est sa première B.O.) était la 2ème référence vinyle du jeune label parisien Transversales Disques. Quatre ans plus tard, voici la 19ème référence du label avec César et Rosalie (sortie sur les écrans en 1972) toujours de Claude Sautet (c’est son 5ème long métrage) et toujours sur une musique de Philippe sarde. Si Les Choses de la Vie avait son tube mélancolique, La Chanson d’Hélène interprété par Romy Schneider et Michel Piccoli, ici dans César et Rosalie pas de tube chanté par la belle Romy, mais on l’entend lire La lettre de Rosalie, car dans le film, elle a rôle de Rosalie. Le rôle de César est interprété par Yves Montand. N’oublions pas de mentionner l’excellent acteur Samy Frey qui joue le rôle de David et la jeune Isabelle Huppert (Marité) alors âgée de 19 ans, et dont César et Rosalie est son 2ème long métrage.


 

Avant de poursuivre la chronique sur la B.O. voici le synopsis du film qui permet de mettre en lumière les titres des compositions : Le cortège et la course, Folie de César, Après Sète, César court chez Antoine, Epernay sous la pluie

"À Paris, à Sète et dans le beau cadre de la plage de Noirmoutier, un « ménage à trois », avec César, un parvenu hâbleur mais généreux, David, un artiste effacé assez intellectuel qui se régale de la vulnérabilité de son confident, et une Rosalie bovarienne, partagée entre l'homme avec qui elle vit et son amour de jeunesse faisant irruption dans sa vie. Rosalie, César et David vont alors former un triangle amoureux." (Source Wikipédia)

Ainsi le film raconte une histoire amoureuse compliqué (on est bien chez Claude Sautet), on pourrait facilement imaginer une musique mélancolique avec des violons, du piano et une harpe. Et bien malgré justement la présence du piano, la partition de Philippe sarde ne fait pas dans le mélo. Au contraire, il y a du rythme, des harmonies modernes et pop dû à l’utilisation du synthétiseur Moog et de la musique électronique mélangé avec des instruments acoustiques qui sonnent divinement bien. L’acoustique sonore est magnifique. Cette réédition remastérisé à partir des bandes master est un vrai bonheur auditif. D’autant qu’il y a en plus 6 morceaux inédits, par rapport à l’édition vinyle publié en 1972 sur le label CAM. Le pressage de l’édition vinyle versus Transversales est une fois de plus irréprochable. Certaine majors devraient s’en inspirer ! A noter que le label espagnol logé à Madrid, Quarted Records publie la version CD, avec une pochette différence qui reprend le visuel de l’affiche du film. Le CD contient un livret, et le vinyle un texte écrit par Stéphane Lerouge qui a recueilli des commentaires de Claude Sautet et Philippe sarde.


Orchestré par Hubert Rostaing, un saxophoniste et clarinettiste qui a notamment travaillé pour Django Reinhardt, la musique de Philippe sarde est solaire et scintillante, idéale pour illustrer cette histoire d’une femme (Rosalie) qui hésite entre deux hommes au style très différent, l’un exubérant (César) et l’autre ténébreux et introverti (David). Il y a des moments de légèreté et d’autre plus dramatique, ainsi la musique valse au grès des sentiments et des allias de la vie remplie de … choses. Parmi les morceaux en bonus, il y a le magnifique Mariage 72, qui rappelle le style esay listening de Burt Bacharach, pour le son du saxophone légèrement suave et délicieusement jazzy. Oui cette belle partition  à l’orchestration savoureuse devrait combler l’amateur de B.O. qui s’écoute la tête dans les étoiles et les pieds dans l’eau.

C’est clair, dans ses publications, le label Transversales Disques a trouvé un équilibre dans ces sorties qui alternent, B.O. de film, jazz, musique minimaliste, contemporaine, électroacoustique, concrète, sérielle, le tout  avec goût et clarté. Soit un travail éditorial qui porte au respect.

Ici un petit sujet sur le label : https://paskallarsen.blogspot.com/2020/06/transversales-records-un-label-qui-ne.html

https://philippesarde.bandcamp.com/album/c-sar-et-rosalie

https://www.facebook.com/transversalesdisques/







jeudi 29 juillet 2021

BILLS & ACHES & BLUES (4AD/PIAS) – 23 juillet 2021


Fin 70, Ivo Watts-Russell et Peter Kent sont deux jeunes passionnés de musique. Ils se rencontrent dans les locaux du label Beggar’s Banquet où ils travaillent. Nous sommes en plein période after punk, l’esprit DIY et les labels indépendants ont le vent en poupe. Le punk a prouvé qu’on pouvait produire et composer de la musique sans avoir besoin d’être patron d’une major ou de savoir jouer. Tout est possible, suffit d’avoir la passion. Ainsi Ivo et Peter veulent participer à l’aventure, ne pas être juste là, les bras croisés à regarder bouger les jeunes labels Rough Trade, Factory Records, Mute. 

Beggar’s Banquet va permettre à Ivo et à Peter de publier dès janvier 1980 les quatre premiers singles de leur label qu’ils ont nommé Axis. Parmi ces publications il y a le 7’ Dark Entries de Bauhaus. Mais un autre label porte ce nom. Sur un des flyers promotionnel d’Axis il y a la mention 1980 FORWARD, 1980 FWD, 1984 AD, 4AD. Le nouveau nom est trouvé, ce sera 4AD. Mais rapidement Peter Kent quitte le projet pour créer Situation Two dont la première sortie sera le groupe The Associates. Qu’importe, Ivo porte 4AD avec la publication des 7’ et albums de The The, The Birthday Party, Mordern English, Bauhaus, Rema-Rema, Dif Juz, Colin Newman. En 1982, il va y avoir un tournant avec la rencontre du graphiste Vaughan Oliver (1957-2019) de l’agence 23 Envelope. Il va donner au label 4AD une identité visuelle aussi forte que la musique des artistes. Le point culminant sera l’association pour les pochettes du groupe Cocteau Twins qui publie en 1982 son premier album Garlands et son premier EP Lullabies. La musique singulière du trio, avec notamment l’étonnante voix d’Elizabeth Fraser se marie à merveille avec les visuels de 23 Envelope. Ce mariage va permettre à 4AD de devenir un des labels indépendants les plus novateurs issus des années 80 jusqu’aux années 90. En 1999, Ivo vend ses parts à Beggars Group. Le label ne sera plus tout à fait le même, mais continu de sortir des albums avec des nouveaux artistes qui ont également leur style sonore : Deerhunter, Piano Magic, Blonde Redhead, Red House Painters, Bon Iver et nouvellement les excellents Dry Cleaning.


 

En 2020, 4AD a 40 ans. Pour célébrer cette date, le label publie en 2021 une double compilation avec 18 artistes actuels qui reprennent les morceaux des artistes emblématiques qui ont fait l’essence de 4AD. A noter qu’en 1984, avec le projet This Mortail Coil, Ivo avait demandé à ses artistes d’interpréter quelques-unes de ses chansons préférées, dont le Song To the Siren de Tim Buckley qui sera interprété magistralement par  Cocteau Twins. Ce concept album remportant un vif succès, il y aura deux autres volumes publiés en 1986 et 1991.

La compilation a pour titre Bills & Aches & Blues. Le visuel de la pochette réalisé par Chris Bigg reprend le style de 23 Envelope. Parmi les 18 artistes sélectionnés, il y a U.S. Girls, Dry Cleaning, Tkay Maidza, Jenny Hval, Sohn. Dans la liste il y a aussi les vétérans The Breeders  qui reprennent The Dirt Eaters de His Name Is Alive. D’ailleurs trois compos des Breeders sont reprises par Bradford Cox, Big Thief et une version atypique de Cannonbal par Tune-Yards. Il y a aussi deux reprises des Pixies par Tkay Maidza et Bing & Ruth. Par contre il ni à pas de reprises des incontournables Bauhaus, Dead Can Dance, Xmal Deutschland, Clan Of Xymox, Modern English et Cocteau Twins, sauf pour l’interprétation de Song To The Siren par Sohn. U.S. Girls sauve l’honneur aux anciens en reprenant Junkyard de The Birthday Party. Dans les versions 2021, il y a pas mal de morceaux qui sonnent mainstream. L’obscur enveloppant des 80 et noisy brumeuses des 90 n’est pas dans les gènes des nouveaux artistes. Cette relecture est puisée dans l’air du temps actuel et non pas passéiste. Ainsi les versions sont dans l’ensemble très différentes des originaux, ce qui est une des qualités des reprises, car pourquoi le faire à l’identique. Au final, cette compilation est plutôt sympathique, du moins si on n’est pas à la recherche du son 80 de 4AD.  

Tracklist de la compilation :

01. Tkay Maidza - 'Where Is My Mind?' (Pixies)
02. U.S. Girls - 'Junkyard' (The Birthday Party)
03. Aldous Harding - 'Revival' (Deerhunter)
04. The Breeders - 'The Dirt Eaters' (His Name Is Alive)
05. Maria Somerville- 'Seabird' (Air Miami)
06. Tune-Yards - 'Cannonball' (The Breeders)
07. Spencer - 'Genesis' (Grimes)
08. Helado Negro - 'Futurism' (Deerhunter)
09. Efterklang - 'Postal' (Piano Magic)
10. Bing and Ruth - 'Gigantic' (Pixies)
11. Future Islands - 'The Moon Is Blue' (Colourbox)
12. Jenny Hval - 'Sunbathing' (Lush)
13. Dry Cleaning - 'Oblivion' (Grimes)
14. Bradford Cox - 'Mountain Battles' (The Breeders)
15. SOHN - 'Song To The Siren' (Tim Buckley) 
16. Becky and The Birds - 'The Wolves Act I and II' (Bon Iver)
17. Ex:Re - 'Misery Is a Butterfly' (Blonde Redhead)
18. Big Thief - 'Off You' (The Breeders)

 

https://4ad.com/news/10/3/2021/billsachesbluescompilation