mercredi 27 juillet 2022

TEDDY LASRY "Funky Ghost 1975-1987" (Hot Mule Records) – 26 novembre 2021


Le label parisien Hot Mule Records a publié en novembre 2021 une compilation du compositeur et arrangeur français de Library Music, Teddy Lasry. Dans la longue discographie de Teddy Lasry, le label Hot Mule a sélectionné huit morceaux aux sonorités psyché space cosmic, électronic easy lounge music et  afro jazz funk 70. A noter que les morceaux sont remastérisés.


Teddy a grandi avec la musique. Son père, Jacques Lasry est pianiste dans les cabarets. Il va croiser Serge Gainsbourg et… Charlie Chaplin. En 1955, avec sa femme Yvonne et les frères Baschet (Bernard -1917/2015- et François -1921/2014-, tous deux ingénier et luthier), Jacques Lasry va créer le groupe expérimental Les Structures Sonores (1). Ce groupe est au balbutiement de la musique électronique, électro acoustique. Parmi les instruments créés par les frères Baschet et utilisé par le couple Lasry, il y a le Cristal Baschet, un instrument étonnant composé de 56 tiges en verre, encastrée dans une plaque en métal. Une grande feuille en acier inox conique pliée à la main et deux cônes en fibres de verre ainsi qu’un réseau de tiges métalliques servent d’amplificateurs. Cet instrument fait des vibrations. De par les sons qu’on entend, l’instrument a été utilisé pour la musique concrète, contemporaine, illustration sonore, spectacle de danse, B.O. de films et même chez les artistes pop (Daft Punk, Gorillaz). Bref c’est dans ce contexte musical que l’enfant Teddy, né en 1947 va grandir et familiariser son écoute avec de la musique nouvelle, bien loin de la variété française et du yéyé.

Jacques et Yvonne Lasry et le Cristal Baschet

Les Structures Sonores @ Life magazine-1962

Teddy Lasry va étudier la clarinette classique, suivre des classes d’écriture, tout en participant très jeune à des concerts de Structures Sonores jusqu’à la fin des années 60 avec la séparation du groupe. Les frères Baschet et le couple Lasry poursuivent chacun de leur côté leur carrière musicale. De 1967 à 1969, Teddy va composer et jouer de la musique pour le Théâtre du Soleil. En 1970 il rejoint le groupe Magma, pour la section de cuivres. Il va jouer de nombreux instruments sur les trois premiers albums de Magma. En parallèle, depuis 1971,  il compose des musiques pour être utilisées par la télévision, la radio, la publicité, soit de l’illustration sonore. En 1975 il quitte Magma pour se consacrer exclusivement à son travail solo. Par contre, a cette période sa vue s’aggrave progressivement en raison du pigment de la rétine qui vieilli trop vite. Malgré ce handicap visuel, Teddy Lasry va continuer de composer pour le monde de l’image, puis à partir de 1980 pour le chanteur Ben Zimet, pour la chanteuse Talila. En 1986 il crée le trio Yiddish Blues. Encore aujourd’hui à 75 ans, Teddy Lasry continu de composer. Ce qui est fou, c’est que malgré cette longue carrière bien remplis, Teddy Lasry est totalement inconnu du public. C’est le même chemin de traverse, de musicien de l’ombre caché dans son studio, comme le compositeur Maurice Lecoeur, que je vous ai présenté à l’occasion de la parution de la compilation Musique pour l’image (Transversales Records).


La compilation Funky Ghost 1975-1987 est une bonne entrée en matière pour découvrir la musique de Teddy Lasry. En seulement huit morceaux, on entend huit facettes musicales de son talent. Cela commence avec Raising Sun On Bali, un morceau jazz cosmic et ambient comme un croisement entre Miles Davis et Tangerine Dream. Peace, on laisse l’énergie intérieure nous envelopper petit à petit… Changement de tempo avec Los Angeles et son rythme urbain et funky porté par la flûte majestueuse de maestro Lasry et les sons électroniques bien groove. Ici c’est une mine d’or pour le digger assoiffé de funk 70 qui cavale dans les rues de New York, ou de Los Angeles. La flûte continu son chemin sur Blue Theme qui porte bien son titre, avec en prime un tempo bien easy listening pour passer au salon, un verre de champagne à la main. Arrive Chamonix, qui nous plonge dans du giallo bien tendu, le tueur masqué va bientôt passer à l’acte avec son arme blanche bien tranchante. On pence ici à du pré-Goblin. La face A vient de s’achever, et tout est au top du style ! La face B commence avec Krazy Kat, un morceau de pop cosmic proche d’un jingle, dans l’esprit de Jean-Jacques Perrey. Funky Ghost a certes du funk dans le son, mais ici en mode lounge, près du corps pour aller accompagné(e), se blottir dans un lit douillet, plutôt que sur une piste de danse. Ici, le riff de guitare évoque Pink Floyd/Alan Parson Projet. Back To Amazonia pourrait être la B.O. d’un thriller 70, en préparation d’un casse, pendant la fête nationale. La fête s’achève avec Birds Of Space, un instrumental bucolique, ethnique pour créer une ambiance chez Nature et Découverte. Idéale pour finir l’album, mais c’est aussi le morceau le plus faible, par rapport aux sept autres morceaux qui sont des bombes sonores remplit de mille trouvailles. Sur la page Bandcamp, il y a un morceau supplémentaire,  un mix de Raising Sun On Bali, qui permet de revenir au style jazz fusion sous les étoiles à la Miles Davis.

A noter que dans le 33tours vinyle, il y a un incert de quatre pages  avec un texte détaillé et de nombreux documents graphiques. Bref, du bon travail, qui nous permet de découvrir ce compositeur de l’ombre.


(1): Ci-dessous le texte de présentation du groupe Les Structures Sonores sur le site Discogs :

"Un groupe expérimental français créé en 1955 par Bernard Baschet, ingénieur et luthier, avec son frère François Baschet et le couple de musiciens Yvonne Lasry et Jacques Lasry. Le but du groupe était de démontrer l’intérêt des nouveaux instruments conçus par les frères Baschet, principalement basés sur les vibrations des sculptures de cristal. Le groupe a notamment joué des reprises de musique classique. Ils ont tourné autour du monde et apparaissent dans beaucoup d’émissions de télévision. À la fin des années soixante, le couple Lasry se rendit en Israël pour signer la fin du groupe. Les frères Baschet poursuivirent leurs expériences musicales."


Nota: J’ai découverts la compilation de Teddy Lasry sur  Vintage Music Club, site internet de l’ami Régis Gaudin (Persona, ex Abus Dangereux) : https://www.vintagemusicclub.com/

https://hotmule.bandcamp.com/album/funky-ghost-1975-1987

https://www.hotmulerecords.com/teddylasry

https://www.facebook.com/structuressonoresbaschet/


mardi 26 juillet 2022

BABY SHAKES "Cause A Scene" (Lil’ Chewy Records) – 20 septembre 2019


Au début du mois de juillet, le groupe New-yorkais Baby Shakes a fait une tournée européenne, avec cinq dates en France (Tours, Nantes, Rennes, Paris et à Arthez-de-Hearn au Pingouin Alternatif-sic-). C’était l’occasion de les revoir sur scène. Certes Baby Shakes n’a pas inventé le fil à couper le beurre. Dans le style girls band sixties et power pop meet The Ramones au CBGB’s, Baby Shakes reprend fidèlement les codes avec ce son pop rock garage avec les éternels même accords qui font penser au célèbre One, two, thee for, let’s go des Ramones, mais voilà Baby Shakes a un atout charme redoutable avec le trio Claudia Gonzales (voix, basse), Mary Blont (voix, guitare et visuel), Judy Lindsay (guitare, voix). Leur style visuel BD, bubble gum, pop culture est  décliné sur leurs pochettes de disques, t-shirts, badges, flyers, autocollants, donnant au groupe un plus, qui relie la musique, le merchandising et la scène. Toujours pour rester dans les références, parmi les nombreux groupes appréciés par Baby Shakes (Go-go’s, The Heartbreakers, The Buzzcoks), il y a The Undertones. Les filles au top du bon goût, ont fait appel à Damien O’Neill et Billy Doherty, tous les deux ex Undertones, pour venir jouer et produire le single Sweet ’n’ Sour Part 2 (2020). Trop top!


Baby Shakes c’est formé en 2005 à New York. Elles se sont rencontrées au célèbre club rock le CBGB. Depuis, les trois membres féminins du quatuor sont restés bien liés entres-elles, par contre le seul membre masculin au poste de la batterie a changé à trois reprises. Depuis 2015, le passionné de vélo Ryan McHale tient son poste à la baguette. Cause A Scene est leur 4ème album studio (sans oublier une flopée de singles), publié sur leur label maison Lil’ Chewy Records, montrant ainsi l’indépendance totale du groupe. A noter qu’en concert, Baby Shakes vend ses albums et t-shirts à seulement 15 euros, alors qu’actuellement les groupes américains vendent leurs albums à 25 euros. Bon esprit punk rock de la part de Baby Shakes !


 


Cause A Scene contient 10 morceaux, dont la reprise Am I Ever Gonna See Your Face Again du groupe australien The Angels, publié sur leur premier album sorti en 1977. Une fois enclenché le premier morceau Nowhere Fast, c’est parti pour près de 30 minutes de power pop garage punk porté par les voix funs et sans prétentions de nos héroïnes de charmes font exploser la cocote minute, de par leurs riffs, rythmes simples et efficaces. Au contact de leur musique, l’esprit boom, fête entre potes, est immédiatement en place. Bref, en cas de coup de blues, coup de mou, mettez sur votre platine, un disque de Baby Shakes, c’est la bonne humeur immédiate !   


https://babyshakesny.bandcamp.com/album/cause-a-scene

https://baby-shakes.squarespace.com/

https://www.facebook.com/babyshakesny






lundi 25 juillet 2022

THE KUNDALINI GENIE "Half In, Half Out" (Space Ranch Records/Little Cloud Records) – 12 novembre 2021

The Kundalini Genie est un groupe écossais de Glasgow qui s’est formé en 2017 autour du compositeur et multi instrumentiste Robbie Wilson. Comme Anton Newcombe avec The Brian Jonestown Massacre, la formation de The Kundalini Genie change selon les nouvelles compos du leader Robbie Wilson (justement fan du BJM), qui compose et joue de tous les instruments avant l’enregistrement final en groupe, validé pour la scène. Il y a juste le bassiste Jack Getty qui a participé à la composition de quelque morceaux, notamment sur le 3ème album It’s All In Your Head (2019). Half In, Half Out est le 5ème album studio, avec au mastering, une figure importante du rock indé, Mark Gardener du groupe Ride en direct de son studio OX4 Sound à Oxford. Belle plu valus mérité, car les compos de The Kundalini Genie sont magnifiques et bien chiadés. Dans le style psyché rock, shoegaze, Robbie Wilson a beaucoup de talent pour l’art de trouver des bonnes mélodies, des bonnes harmonies et des riffs tueurs qui fonctionnent à l’oreille instantanément. Malgré la présence de Mark Gardener,  ce nouvel album est moins shoegaze que les précédents opus et plus psyché rock sous fuzz, dans l’esprit de The Telescopes (période Creation), Primal Scream, Elephant Stones, The Warlocks, les Rolling Stones début 70 et The Brian Jonestown Massacre. La première partie du nouvel album est électrique, le sitar est mis de côté, pour laisser plus de place aux guitares électriques. En 2ème partie, les ballades à pleurer d’émotion montre l’étendu du talent de compositions de Robbie, qui a de l’or sous les doigts. Idem pour sa voix, qui évoque un peu Bobby Gillespie, est une petite merveille indé qui mérite d’être entendu sur les ondes haute fréquence, tant son timbre vocal mis en valeur par les guitares a tous les ingrédients pour faire des tubes. Mais c’est mal barré, car leurs disques ont des tirages confidentiels (300 exemplaires en moyenne), sont mal distribués. Sur Bandcamp, toutes les versions physiques (vinyle et CD) sont épuisées, il ne reste que la version numérique de disponible. C’est dommage, car tous les albums sont excellents, avec à chaque fois des tubes psyché en puissance. 


The Kundalini Genie sont également excellents sur scène. Ils ont joué au Supersonic à Paris le 20 juillet dernier (leur précédent passage à Paris était le 13 octobre 2019 dans le bar l’Estive à Jaurès), pour une belle prestation électrique, avec combat de guerrier entre deux guitaristes. Le look glam/androgyne de Robbie Wilson nous fait perdre la notion du temps, serait-on en 1972-1973 après la parution de l’album Pinups de David Bowie et de l’album The Slider de T. Rex ? Les écouter, les voir sur scène, est la garantie du temps suspendue, avec aucune envie que cela ne s’arrête, tant leur psyché rock hypnotique, prend sur scène une dimension "fête électrique" entre les cinq membres du groupe et le public. Que du bonheur !

Inutile d’en rajouter, tant sur disque que sur scène, The Kundalini Genie a toute les qualités d’un grand groupe, qui dépasse d’une tête de nombreux autres groupes psyché et indé.


https://the-kundalini-genie.bandcamp.com/album/half-in-half-out

https://www.facebook.com/TheKundaliniGenie/